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29 avril 2021

Assassinat et nouvelles menaces contre les journalistes grecs : “les forces de l’ordre doivent montrer que les journalistes peuvent se reposer sur elles pour leur protection”

Louisa GOULIAMAKI / AFP
Deux semaines après l’assassinat de Giorgos Karaïvaz et à la suite de nouvelles menaces de mort contre un de ses confrères, Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités grecques à prendre des mesures concrètes pour améliorer la sécurité des journalistes.

Deux semaines après l’assassinat du journaliste spécialiste des affaires criminelles de Star TV Giorgos Karaïvaz, son confrère, Kostas Vaxevanis, propriétaire du journal Documento, a révélé le 24 avril être aussi visé par un projet d’assassinat. Les deux journalistes ont en commun d'avoir enquêté sur la police et la corruption en Grèce.


Giorgos Karaïvaz s’intéressait à un groupe de malfaiteurs comprenant des officiers de police qui aurait extorqué de l’argent à certains établissements de nuit en échange de leur protection. De son côté, le journal Documento avait récemment couvert une affaire de corruption au sein des forces de l’ordre. Tout comme son confrère Giorgos Karaïvaz, Kostas Vaxevanis avait aussi personnellement enquêté sur la décision d’accorder une protection policière à un présentateur de télévision controversé, Menios Fourthiotis, alors que celui-ci n’avait fait l’objet de vraies menaces. Ces révélations avaient conduit au retrait de la garde policière dont il bénéficiait. Soupçonné d’être lié au projet d’assassinat du propriétaire de Documento, il a ensuite été interpellé et placé en garde à vue, le 27 avril dernier, “pour association de malfaiteurs”.


En ce qui concerne l’assassinat de Giorgios Karaïvaz, malgré les promesses du Premier ministre grec de mener une "enquête rapide", les autorités ont simplement, jusqu’à présent, établi un lien avec le milieu du crime organisé, sur lequel le journaliste aurait détenu des informations sensibles. Elles ont également identifié la personne qui l’avait menacé, sans pour autant la lier à l’assassinat.


“Il est indispensable que les forces de l’ordre grecques montrent qu'elles sont dignes de confiance et que les journalistes peuvent se reposer sur elles pour leur protection, déclare le responsable du bureau UE/Balkans, Pavol Szalai. Une condition préalable est l’identification rapide des auteurs et des commanditaires de l’assassinat de Giorgos Karaïvaz. Des enquêtes approfondies sur ses révélations et celles de Kostas Vaxevanis sur la corruption au sein de l’appareil d’État doivent aussi être diligentées et le harcèlement des journalistes sur le terrain doit cesser au plus vite."


Le déficit de confiance de journalistes grecs envers les forces de l’ordre, alimenté par les soupçons de corruption, les violences et les interpellations arbitraires subies par les reporters couvrant les manifestations et les sujets liés aux migrants, s’est récemment aggravé. L’adoption, par le ministère de la Protection du citoyen en janvier dernier, du nouveau schéma grec de maintien de l’ordre, a également contribué au sentiment généralisé que la liberté de la presse était menacée.


Dans l’article où il révèle qu’il était la cible d’un assassinat, Kostas Vaxevanis l’affirme : “Contacter la police serait la dernière chose que je ferais.” Bien que le ministre de l’Intérieur ait confirmé avoir pris des mesures pour sa sécurité, le journaliste estime vivre “dans un État corrompu auquel on ne peut pas faire confiance”. D’autres journalistes joints par RSF après l’assassinat de Giorgos Karaïvaz abondent dans ce sens, et évoquent  “le manque d’intérêt des institutions de protéger les journalistes”


Giorgios Karaïvaz a été tué le 9 avril dernier de plusieurs balles devant son domicile dans la banlieue d’Athènes. Il est le deuxième journaliste assassiné en Grèce depuis 12 ans. En 2010, le directeur de la radio privée Thema 98,9 FM Socrates Giolias, qui enquêtait sur la corruption, avait également été tué par balles devant sa maison. Ce crime, revendiqué par un groupe d’extrême gauche, reste à ce jour non élucidé. 


La Grèce se situe à la 70e place sur 180 pays au Classement mondial pour la liberté de la presse établi par RSF en 2021.