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20 juin 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Asphyxié financièrement, Zerkalo contraint de suspendre sa publication


L’un des principaux médias indépendants d’Azerbaïdjan, Zerkalo (“Miroir” en français), a été contraint de suspendre sa publication pour des raisons économiques le 31 mai 2014. La mainmise des autorités sur le marché publicitaire et les réseaux de distribution empêche la rédaction d’avoir des recettes suffisantes pour le bon fonctionnement du média.

Alors que le secteur audiovisuel azerbaïdjanais est entièrement contrôlé par l’Etat, l’étau se resserre un peu plus autour de la presse indépendante, proche de l’asphyxie économique. Le quotidien russophone, Zerkalo, est passé à un régime hebdomaire courant avril, puis a cessé d’être édité en raison de ses pertes financières. Le rédacteur en chef du journal, Eltchin Chikhly, a annoncé la suspension de la publication papier le 31 mai 2014. L’édition en ligne continue d’être alimentée, mais les membres de la rédaction ne peuvent désormais plus être payés.

Le marché publicitaire étant contrôlé et manipulé par l’Etat, les médias indépendants ont un accès très limité aux annonceurs. Ces dernières années, des réformes successives du réseau de distribution de la presse ont considérablement restreint leur diffusion, et donc le revenu de leurs ventes. En 2011, à Bakou, les vendeurs de rue ont été interdits d’exercer leur métier afin de ne pas gêner la circulation. En 2012, les kiosques à journaux du réseau de distribution public Gasid ont été progressivement supprimés ou remplacés par un nouveau réseau de boutiques, dont les journaux indépendants sont la plupart du temps exclus. Enfin, en 2013, la vente de journaux a été interdite dans le métro.

Les difficultés économiques auxquelles est confronté Zerkalo sont le résultat d’une stratégie de censure pernicieuse mise en place par les autorités”, déclare Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’est et Asie centrale de Reporters sans frontières. “Ces manoeuvres sont en train d’aboutir : le pluralisme médiatique est presque éradiqué en Azerbaïdjan. Nous demandons au gouvernement de remanier au plus vite le système de distribution de la presse et de cesser de manipuler le marché publicitaire de façon à garantir la diversité des médias”.

Emin Housseïnov, directeur de l’Institut pour la liberté et la protection des reporters (IRFS), souligne que de nombreux médias indépendants en Azerbaïdjan font face à des problèmes financiers. Le principal d’entre eux, le journal d’opposition Azadlig, croule sous le poids d’amendes astronomiques et s’est vu contraindre de suspendre temporairement son édition en novembre 2013. Dans un pays de 9 millions d’habitants, les titres de presse indépendants se comptent aujourd’hui sur les doigts d’une main.

Face à la destruction du pluralisme médiatique orchestrée par les autorités, les grâces régulièrement accordées par le président de la République Ilham Alyev ne doivent tromper personne. Le 26 mai dernier, 171 prisonniers ont été amnistiés, dont deux journalistes, Fouad Housseïnov et Faramaz Allakhverdiev. Mais au moins huit autres journalistes restent emprisonnés pour leurs activités professionnelles, et les arrestations et les procès à l’encontre des acteurs de l’information se poursuivent. Le 18 avril, le célèbre chroniqueur de Zerkalo, Raouf Mirkadyrov, a été arrêté. Il est actuellement en détention provisoire sous des accusations d’espionnage montées de toutes pièces.

L’Azerbaïdjan est placé au 160e rang sur 180 pays dans le Classement mondial 2014 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Le 14 mai, le pays a pris la tête du Conseil des ministres du Conseil de l’Europe. C’est actuellement le plus répressif des 47 Etats membres de l’organisation, garante du respect des droits de l’homme sur le continent.