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6 avril 2020

Arabie saoudite : “Laisser les journalistes en prison serait ajouter une mise en danger gravissime à une injustice terrible”

Alors que l’Arabie saoudite a annoncé des libérations de détenus pour endiguer l’épidémie de coronavirus, Reporters sans frontières (RSF) appelle le Royaume à libérer au plus vite les journalistes emprisonnés arbitrairement, particulièrement exposés au virus dans les prisons surpeuplées.

En pleine pandémie de coronavirus, l’Arabie saoudite a consenti à libérer, jeudi 26 mars, 250 prisonniers arrêtés pour séjour irrégulier, mais les journalistes et prisonniers d’opinion sont, eux, toujours derrière les barreaux. Le Royaume continue de détenir arbitrairement une trentaine de journalistes et blogueurs.


Injustement incarcérés dans des prisons surpeuplées où la distanciation sociale est impossible, ces détenus sont particulièrement vulnérables. Plusieurs d’entre eux sont déjà très affaiblis pour avoir subi des tortures et des mauvais traitements et nécessitent une prise en charge urgente. C’est le cas de deux animateurs de débats, Fahd Al-Sunaidi et Adel Banaemah, détenus depuis septembre 2017. Selon des informations obtenues par le quotidien britannique The Guardian, leurs noms figurent dans des rapports médicaux destinés au roi Salmane qui évoquent les séquelles physiques des mauvais traitements infligés aux prisonniers politiques.


Les autorités saoudiennes ne peuvent ignorer les conditions de détention déjà très rudes qui rendent les prisonniers encore plus vulnérables dans le contexte actuel de pandémie, estime le secrétaire général de RSF, Christophe Deloire. Laisser les journalistes en prison serait ajouter une mise en danger gravissime à une injustice terrible.”


Quant aux journalistes et blogueurs placés en isolement carcéral, plusieurs d’entre eux ont vu leur état de santé se dégrader et nécessitent impérativement des soins médicaux. Selon des informations recueillies par RSF, le blogueur Raif Badawi, détenu depuis plus de sept ans pour “insulte à l’islam”, n’a pas pu entrer en contact avec sa famille depuis la fin du mois de février. Son épouse a appris son transfert à l’hôpital le 11 mars dernier, mais n’a eu, depuis, aucune nouvelle sur son état de santé.


Par ailleurs, plusieurs procès qui devaient se tenir au cours des prochaines semaines ont été de nouveau reportés. Les autorités ont en effet décidé de suspendre les différents services publics pour endiguer l’épidémie, ce qui comprend la fermeture des cours de justice. Les audiences des blogueuses Nassima Al-Sada et Nouf Abdulaziz, emprisonnées depuis juin 2018, ont ainsi été annulées.


L’Arabie saoudite occupe la 172e place au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.