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3 décembre 2010 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Alvaro Uribe règle ses comptes avec la presse à l’antenne ; nouvelles plaintes contre l’ex-chef de l’État liées au scandale du DAS


Une quarantaine de personnes – dont la journaliste de Radio Nizkor, Claudia Julieta Duque – ont porté plainte, le 30 novembre 2010, contre l’ancien président Alvaro Uribe pour sa responsabilité présumée dans l’affaire d’écoutes illégales, menaces et sabotages attribués aux services de renseignements et connue sous le nom de “Dasgate”. L’ancien chef de l’État doit en répondre devant une commission spéciale du Congrès, ce qui lui évite des conséquences pénales plus graves.

Ce scandale, auquel Reporters sans frontières a consacré une mission, a connu un nouveau développement avec une autre plainte, déposée cette fois en Belgique, le 29 novembre, par une dizaine d’organisations (dont la Fédération internationale des droits de l’homme et OXFAM-Solidarité) et certaines personnes physiques pour des écoutes pratiquées par le renseignement colombien dans ce pays. Reporters sans frontières apporte son soutien aux plaignants et souhaite que la justice belge puisse entendre l’ancien locataire de la Casa de Nariño. L’ampleur des pratiques du Département administratif de sécurité (DAS) mériterait, selon nous, une enquête internationale.

Témoin potentiel de la responsabilité de l’ancien chef de l’État dans ce dévoiement du principal service de renseignements, l’ancienne directrice générale du DAS, María del Pilar Hurtado, s’est vu opportunément accorder l’asile au Panama. Tout en niant s’être concerté avec celle-ci, Alvaro Uribe a confirmé lui-même avoir recommandé à de proches collaborateurs de chercher asile hors du pays dans un long entretien accordé, le 2 décembre, à la station de radio RCN. Curieusement, il répondait, entre autres, aux questions de son ancien vice-président Francisco Santos, journaliste de métier.

Pour écouter l’interview dans son intégralité en espagnol :
http://www.rcnradio.com/audios/nacional/02-12-10/escuche-la-entrevista-c...

L’ancien chef de l’État argue du “manque de garanties” de la part des plus hautes juridictions colombiennes – et notamment de la Cour suprême – pour justifier ce qui constitue selon nous un véritable outrage de sa part aux institutions du droit. Alvaro Uribe ose même parler d’une “faillite de l’État de droit et de la justice sous la pression médiatique”. Il règle à cette occasion ses comptes avec des journalistes et des médias victimes du scandale du DAS, en réitérant si besoin des accusations brandies publiquement lorsqu’il était en fonction. Ainsi contre Daniel Coronell, directeur du programme d’informations de la chaine publique Canal Uno, plusieurs fois contraint à l’exil sous la menace. “Je n’ai jamais attaqué Daniel Coronell. J’ai juste eu des divergences avec lui que j’ai exprimées publiquement”, minimise aujourd’hui Alvaro Uribe à l’antenne de RCN.

Pour contrebalancer l’effet de l’asile panaméen de l’ancienne directrice du DAS, Alvaro Uribe cite le cas de l’ancien journaliste de Telesur William Parra, sous le coup d’une procédure tardive et douteuse pour “collusion” avec la guérilla des FARC. “Cet homme est, paraît-il, en fuite au Venezuela”, ironise Alvaro Uribe. William Parra réside, en effet, au Venezuela où il bénéficie régulièrement du statut de réfugié.

Pas d’“attaque” non plus, assure Alvaro Uribe, contre Hollman Morris, producteur de l’émission Contravía plusieurs fois exilé lui aussi. Mais l’ancien président n’en continue pas moins de charger le journaliste, lequel aurait selon lui “violé les règles de sécurité” en couvrant une libération d’otages des FARC ou accusé “à tort” son gouvernement de “pressions” pour qu’il n’obtienne pas de visa pour les États-Unis.

“Alvaro Uribe ne peut espérer éviter les questions sur le scandale du DAS et les conséquences de sa politique de sécurité démocratique en réglant ses comptes de cette manière. Nous rappelons également que ce genre de diatribes contre la presse, du temps de son double mandat, ont très souvent été suivies de menaces, attribuées aux paramilitaires ou au DAS, qui ont contraint des journalistes à s’exiler. C’est devant la justice, et non par la médiatisation polémique, que l’ancien président doit répondre”, a déclaré Reporters sans frontières.

Photo : AFP