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10 août 2017

Alexandre Sokolov condamné à trois ans et demi de prison : “un verdict honteux”

Le journaliste d’investigation Alexandre Sokolov a été condamné à trois ans et demi de réclusion criminelle ce 10 août 2017. Reporters sans frontières (RSF), qui réclame sa libération depuis deux ans, dénonce un “verdict honteux”.


Mise à jour : Alexandre Sokolov a été reconnu coupable d’avoir “poursuivi les activités d’une organisation extrémiste interdite” et condamné à trois ans et demi en colonie pénitentiaire par le tribunal Tverskoï de Moscou, ce 10 août 2017.


Ce verdict est honteux, réagit Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’est et Asie centrale de RSF. Deux ans de détention provisoire, des accusations chancelantes, un dossier vide et un crime orwellien: en persistant malgré tous ces éléments, la justice ne fait qu’accréditer l’idée d’un acharnement lié aux activités journalistiques dérangeantes d’Alexandre Sokolov.




Russie : Alexandre Sokolov doit être acquitté !


Après deux ans de détention provisoire, le journaliste d’investigation russe Alexandre Sokolov voit enfin son procès arriver à son terme : le verdict sera rendu ce 10 août 2017. Reporters sans frontières (RSF) demande son acquittement et sa remise en liberté immédiate.


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Un journaliste jeté en prison après ses révélations sur un scandale de corruption, des accusations “d’extrémisme” mal étayées… Le procès d’Alexandre Sokolov est un cas d’école sur la répression de la liberté d’expression en Russie. Après neuf mois de débats, il arrive enfin à son terme ce 10 août. L’accusation requiert quatre ans de prison contre le journaliste d’investigation arrêté en juillet 2015.


Alexandre Sokolov a déjà passé deux ans de trop derrière les barreaux ! Il doit immédiatement être acquitté et remis en liberté, déclare Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’est et Asie centrale de RSF. Ce procès rappelle aussi l’urgence de réformer la législation anti-extrémiste russe pour éviter son utilisation répressive et arbitraire.


Alexandre Sokolov travaillait depuis 2013 pour le groupe de presse indépendant RBC, où il s’était spécialisé sur les affaires politiques et de corruption. Sa dernière enquête faisait état de malversations massives sur un chantier public phare, la construction du cosmodrome Vostotchny. Docteur en économie, il avait déjà consacré sa thèse au détournement de fonds par de grandes entreprises publiques russes.


C’est officiellement pour des affinités militantes antérieures qu’Alexandre Sokolov est en prison. Il est accusé avec trois autres prévenus d’avoir “poursuivi les activités d’une organisation extrémiste interdite” en administrant le site du groupe “Pour un pouvoir responsable” (ZOV). Cette association demandait la tenue d’un référendum pour modifier la Constitution et rendre les élus pénalement responsables de leur travail. Cela pouvant difficilement être considéré comme criminel, l’accusation assure qu’Alexandre Sokolov “se rendait compte” que le véritable objectif de l’association était la “déstabilisation du régime” et la “distribution de textes extrémistes”.


Non content de criminaliser des activités pacifiques, l’acte d’accusation évoque à peine le rôle du journaliste dans l’association, qui apparaît extrêmement limité. Pour RSF, qui milite depuis le début pour sa libération, la faiblesse des accusations suggère qu’Alexandre Sokolov est mis en cause uniquement pour ses dérangeantes activités journalistiques. A la mi-juillet, 282 professionnels des médias se sont joints au Syndicat des journalistes russe pour exiger la libération immédiate de leur collègue. Une référence à l’article 282 du code pénal, sur lequel repose l’accusation.


RSF appelle les journalistes à venir le plus nombreux possible observer le verdict, qui doit être rendu à midi par le tribunal du district Tverskoï de Moscou, salle 20.


La Russie occupe la 148e place sur 180 pays dans le Classement mondial 2017 de la liberté de la presse, publié par RSF.


Retrouver les précédentes publications de RSF sur cette affaire :