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21 août 2018

Alarmant déclin de la liberté de la presse et de l'expression au Nicaragua

Marvin RECINOS / AFP
Reporters sans frontières (RSF) et la Société Interaméricaine de Presse (SIP) demandent au gouvernement de Daniel Ortega de mettre un terme aux violences contre la presse, d’enquêter et de punir les attaques contre les journalistes et de respecter les mesures de prévention accordées par la Commission interaméricaine des droits de l’Homme (CIDH) aux journalistes et à leurs familles.

Ces demandes ont été formulées lors d’une conférence de presse qui s’est tenue à Managua, à l’issue d’une série de rencontres organisées au Nicaragua avec des représentants de la société civile entre le 13 et 15 août 2018. La SIP et RSF ont pu s’entretenir avec des représentants des médias, des journalistes indépendants de divers provinces du pays, des groupes d'étudiants, d’agriculteurs et de chefs d’entreprise membres de l'Alliance Civique pour la Justice et la Démocratie, ainsi qu’avec l'ancien président de la République Enrique Bolaños, des membres de l'Église catholique et des diplomates en poste au Nicaragua.


RSF et la SIP et ont exprimé leur inquiétude face à la campagne d'agression systématique et permanente menée par le gouvernement du président Daniel Ortega et son épouse, la vice-présidente Rosario Murillo, contre la presse indépendante.


Les médias rencontrés pendant la visite ont témoigné du grave niveau de répression exercée par des forces de police et les groupes paramilitaires contre la population et les journalistes lors des manifestations.


Les journalistes et les citoyens nicaraguayens agressés ne peuvent pas porter plainte et faire part de leur réclamation auprès de la police et des organes judiciaires. Ceux-ci, se trouvant sous la tutelle du pouvoir politique, ne jouissent pas de l'autonomie nécessaire pour agir.


Ces agressions contre la presse indépendante se traduisent par des menaces, persécutions, campagnes d'intimidation et de diffamation et violences exacerbées, en particulier pour les journalistes de l’intérieur du pays, comme en témoignent l'attaque à la bombe contre les installations et les collaborateurs de Radio Darío dans la ville de León et le meurtre du journaliste Ángel Eduardo Gahona dans la ville de Bluefields.


La SIP et RSF ont souligné et dénoncé les pratiques officielles d'asphyxie économique à l'encontre des médias par le biais de politiques discriminatoires en matière de publicité officielle et d'octroi de fréquences radio et télévisées ; des restrictions à l'importation de fournitures et de matériel journalistiques ; des audits abusifs ainsi que des pressions exercées sur les annonceurs privés pour les décourager d’acheter des espaces publicitaires dans des médias indépendants.


RSF et la SIP ont constaté avec inquiétude à quel point la politique autoritaire, la propagande et la culture du secret ont conduit à la désinstitutionalisation du pays et engendré une grande méfiance envers les institutions publiques, dont les responsables se refusent tout contact avec la presse.


Les deux organisations ont en revanche salué la présence croissante des réseaux sociaux qui a permis à la population de participer et de se maintenir informée face à la censure du gouvernement. Ils ont également souligné l’importance des modèles de solidarité et d’autoprotection développés par les médias et les journalistes, et ont exhortés ces derniers à les élargir à leurs collègues de l’intérieur du pays.


Les délégués de la SIP et de RSF se sont engagés à adresser un document avec leurs conclusions au groupe de travail pour le suivi de la situation au Nicaragua créé par l’Organisation des États Américains, et convenu de partager des manuels et conseils sur les bonnes pratiques pour la couverture des situations à haut risque avec les journalistes et les médias locaux.


Voici les demandes adressées par la SIP et de RSF au gouvernement de Daniel Ortega :


  • L’arrêt immédiat de tout acte d'agression physique, d'intimidation et de menaces générés par les groupes violents, les para-policiers et les paramilitaires proches du gouvernement, ainsi que par les cyber-militants qui diffament et insultent les journalistes indépendants sur les réseaux sociaux.
  • La mise en place d’enquêtes approfondies sur tous les actes de violence subis par les journalistes et les médias et l'application rigoureuse de la loi à tous les responsables, afin d'empêcher que l'impunité ne génère encore plus de violence.
  • Le respect des mesures de précaution accordées par la Commission Interaméricaine des Droits de l'Homme en faveur des journalistes agressés et menacés ainsi que de leurs familles, la création d’un mécanisme national de protection pour la profession et d’un parquet spécial pour enquêter sur les crimes commis contre les journalistes, comme il en existe dans d’autres pays d'Amérique Latine.
  • La reconnaissance, dans l'esprit de la de la Charte Démocratique Interaméricaine et de la Déclaration de Chapultepec- selon laquelle la liberté de la presse et la démocratie constituent un binôme indissoluble- de l’obligation du gouvernement et des institutions nationales et internationales de rechercher un cadre approprié et stable pour instaurer un dialogue de respect et de tolérance, ouvrant la voie vers une solution démocratique face à la grave crise sociale et politique qui vit le pays.


La délégation internationale était composée du président de la SIP, Gustavo Mohme, le directeur du journal La República (Pérou), le président du Comité pour la Liberté de la Presse et de l'Information, Roberto Rock, le directeur du portail d'information La Silla Rota, (Mexique), le directeur du bureau pour l'Amérique Latine de RSF, Emmanuel Colombié, (Brésil), et le directeur exécutif de la SIP, Ricardo Trotti, (États-Unis).


Nicaragua est classé 102e au Classement mondial de la liberté de la presse 2018 publié par RSF.