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10 décembre 2020

Afghanistan: une journaliste d’Enekaas TV, représentante du Centre afghan pour la protection des femmes journalistes à Jalalabad, assassinée

Reporters sans frontières (RSF) condamne l’assassinat ciblé dont a été victime la journaliste Malalai Maiwand et appelle les autorités afghanes à sortir de leur inaction à protéger les journalistes dans le pays.

La journaliste Malalai Maiwand, 30 ans, et son chauffeur, Taher Khan, ont été tués ce jeudi 10 décembre par deux hommes armés à Jalalabad, dans l’est du pays. La jeune femme est morte sur le coup. Son chauffeur, lui, a succombé à ses blessures à l’hôpital. L’attaque a eu lieu alors que la journaliste se rendait aux bureaux de la chaîne de télévision privée Enekaas TV, pour laquelle elle travaillait depuis huit ans.


Malalai Maiwand était également la représentante du Centre afghan pour la protection des femmes journalistes (CPAWJ) à Jalalabad. Sa directrice, Farideh Neekzad, la décrit « comme une femme courageuse et active, l’une des premières militantes du CPAWJ, qui n’avait pas peur d’informer et de rapporter la vérité  dans une région qui est constamment sous la pression des ennemis des droits des femmes et de la liberté d’expression. »  Le CPAWJ est une organisation afghane créée par et pour des femmes journalistes. Il a pour vocation de soutenir et protéger ces journalistes, notamment celles qui exercent dans les provinces les plus reculées d’Afghanistan et qui sont, à ce titre, particulièrement vulnérables.


Malalai Maiwand était plus qu’une simple journaliste. Son engagement auprès du CPAWJ faisait d’elle un modèle pour de nombreuses journalistes afghanes. Son assassinat, le jour même où le monde célèbre la journée des droits humains, n’en est que plus odieux et choquant, déclare le responsable du bureau Iran-Afghanistan de RSF, Reza Moïni. Ce meutre s’ajoute aussi à la longue liste des attaques ciblées dont les journalistes afghans sont victimes et rappelle cruellement l’urgente nécessité pour les autorités afghanes de prendre des mesures immédiates pour garantir et renforcer la sécurité des professionnels des médias dans le pays.”


Contacté par RSF, le directeur d’Enekaas TV, Zalmie Latifi, a confirmé que son média avait reçu des menaces répétées ces derniers mois, en précisant qu’elles visaient non pas des journalistes en particulier mais le média en général. De son côté, le responsable du comité de vérification des plaintes contre les journalistes auprès du ministre de l’Intérieur,  Najibollah Maghsoudi, a déclaré que le comité n’avait enregistré aucune menace contre Malalai Maiwand en particulier.  De son côté, le porte-parole des Talibans, Zabiholah Mojahed, a démenti la responsabilité de son groupe dans cette attaque.


Il s’agit du deuxième assassinat ciblant un journaliste en Afghanistan en moins d’un mois. Mohammad Aliyas Dayee, qui travaillait au sein de la section pachtoune de Radio Azadi (Radio Free Europe, RFE), a été tué dans un attentat à la voiture piégée le 12 novembre à Lashkar Gah, chef-lieu de la province de Helmand.


L’Afghanistan se situe à la 122e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse 2020 établi par RSF.