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7 mai 2020

Afghanistan : l’accord de paix ne doit pas déboucher sur l’impunité des crimes de guerre

L’accord de paix entre les Talibans et les Etats-Unis signé le 29 février 2020 prévoit la libération de milliers de Talibans. Reporters sans frontières (RSF) exprime son inquiétude, certains de ces prisonniers étant directement impliqués dans des attentats qui ont tué des journalistes.

L’accord de paix conclu entre les Talibans et les Etats-Unis commence à entrer en vigueur sur fond d’épidémie de Covid-19, et alors que se poursuit la guerre des factions rivales qui se partagent le pouvoir en Afghanistan et que l’épineuse question de la libération des prisonniers est loin d’être résolue.


A ce jour, les autorités afghanes ont libéré 700 prisonniers et les Talibans 112, selon les dernières informations fournies par le porte-parole du conseil national de sécurité du gouvernement de Kaboul, Javide Feisal, le 3 mai dernier. Des chiffres confirmés par le porte-parole des Talibans basé à Doha au Qatar, Soheil Shahin, qui demande l’accélération des libérations, afin de faciliter le lancement des négociations directes entre Afghans, conformément à ce que prévoit l’accord conclu par les Etats-Unis.


Malgré la pression de nombreux responsables politiques afghans et de plusieurs puissances étrangères, le président Asharf Ghani reste opposé à la libération collective de tous les prisonniers Talibans, comme ces derniers l’exigent. Parmi les 5000 combattants Talibans encore détenus par le gouvernement, dont quinze commandants, certains sont responsables d’attentats sanglants qui ont notamment coûté la vie à des journalistes et des professionnels des médias.


Le 31 mai 2017, un attentat à la bombe dans le quartier diplomatique de Kaboul, qui abrite aussi les locaux de nombreux médias, a provoqué la mort de près de 150 personnes, dont trois membres des médias : Habib Hossienzadeh, journaliste pour la chaîne iranienne en langue anglaise Press TV, Aziz Novin, collaborateur de la chaîne afghane Tolo News et Mohammad Nazir, chauffeur de la BBC. Quatre journalistes de la BBC et deux de la chaîne de télévision afghane TV1 ont également été blessés.  Le siège de TV1 a subi d’importants dégâts.

Cet attentat n’a jamais été revendiqué. En 2018, les autorités afghanes ont cependant annoncé l’arrestation de ses auteurs présumés, membre du réseau Haqqani, l’une des branches les plus extrémistes du mouvement des Talibans. Parmi eux, un commandant connu sous le nom de Lailalaldin, qui est l’un des 15 prisonniers dont les Talibans réclament actuellement la libération immédiate, selon les informations recueillies par RSF.


« Tous les responsables de crimes commis contre des journalistes doivent être jugés et punis, les victimes et le peuple afghan ont droit à la vérité et à la justice, déclare Reza Moini, responsable du bureau Afghanistan de RSF.  L’engagement en faveur de la liberté de la presse implique aussi la fin de l’impunité dont jouissent les auteurs de ces exactions. Compromettre la justice ne favorise pas une paix juste et durable. »


Depuis la signature de l’accord de paix avec les Etats-Unis, les attaques des Talibans contre les forces du gouvernement de Kaboul se sont encore accrues. Dans plusieurs provinces, depuis le début du Ramadan, des journalistes et des responsables de médias ont été «convoqués » ou menacés par les Talibans, qui exigent l’arrêt de certains programmes de divertissement.


Le 11 avril dernier, la police afghane  a annoncé l’arrestation de trois dirigeants de Daesh au Khorasan ( le nom donné par le groupe Etat islamique dans la région Afghanistan-Iran), dont leur chef Abollah Vorokzi, alias Islam Faroughi. Depuis 2015, cette organisation a revendiqué plusieurs attentats, ayant provoqué la mort de quinze journalistes et collaborateurs des médias.


L’Afghanistan se situe à la 122e place sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse 2020 établi par RSF.