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4 novembre 2011 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Acharnement sur un journal et son rédacteur en chef


Reporters sans frontières condamne l’incarcération d’Avaz Zeynalli, rédacteur en chef du quotidien Khural, et exige sa remise en liberté immédiate.

“Les autorités ont utilisé les prétextes les plus divers pour mettre fin aux activités de Khural et punir Avaz Zeynalli pour ses critiques acerbes à l’égard du chef de l’Etat. L’enquête en cours ne rend absolument pas nécessaire le placement en détention provisoire du journaliste. Cette décision s’apparente à une double peine. L’acharnement doit cesser immédiatement”, a déclaré l’organisation.

Le 3 novembre 2011, un juge de la cour d’appel de Bakou a rejeté les recours déposés par Avaz Zeynalli, au terme d’une séance à huis clos à laquelle ni ses proches ni la presse n’ont pu assister. Le journaliste restera donc en détention pour au moins trois mois dans l’attente de son procès, conformément à la décision prise par le tribunal de Nisami (Bakou). Il risque de 7 à 12 ans de prison sur le fondement des articles 311.3.3 et 311.3.4 du Code pénal (extorsion de fonds).

Une semaine auparavant, l’équipement de la rédaction avait été saisi, interrompant de facto l’activité de Khural. Le journal n’était pas en mesure de payer les amendes pour “diffamation” envers trois personnalités publiques auxquelles il avait été condamné, pour un total de 19 000 manats (environ 17 460€). Outre la saisie des meubles et de l’équipement informatique du journal, Avaz Zeynalli s’était vu inculpé pour “non-exécution d’une décision judiciaire”.

L’incarcération du journaliste est fondée sur une plainte de Gular Akhmedova, députée du parti YAP au pouvoir, qui a affirmé qu’en août, le journaliste l’aurait menacé de publier des informations compromettantes si elle ne lui versait pas de l’argent. Pour l’instant, la seule pièce à conviction semble être un enregistrement téléphonique, dans lequel la voix attribuée à Avaz Zeynalli est méconnaissable. La police a perquisitionné au domicile et dans la voiture du journaliste, en demandant à sa femme “où il (avait) caché l’or et les armes”.

Cependant, cette cascade de procédures contre Avaz Zeynalli suit directement la publication d’un article très critique à l’égard du président Ilham Aliev, après une interview de ce dernier pour Al-Jazeera, le 17 octobre. Après la saisie de l’équipement de Khural, son rédacteur en chef a continué à publier des articles dans le même ton sur Internet. Le 20 octobre, son frère Rauf Zeynalovun a été démis de ses fonctions à la police routière, sans motif valable.

L’Azerbaïdjan occupe la 152e place sur 178 dans le dernier classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Une violente vague de répression a ciblé journalistes, blogueurs et activistes après des manifestations pacifiques inspirées des révolutions arabes en mars-avril 2011.


Crédit photos: Turan