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22 juillet 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Acharnement contre la famille d’un célèbre journaliste d’opposition


Reporters sans frontières (RSF) dénonce fermement l’acharnement dont est victime la famille du célèbre journaliste Ganimat Zahid, réfugié en France depuis 2011.

Rien n’arrête les autorités azerbaïdjanaises dans leur volonté de punir les représentants des médias indépendants. Loin de se satisfaire d’avoir contraint à l’exil le rédacteur en chef du quotidien d’opposition Azadlig, Ganimat Zahid (Zahidov), elles s’en prennent désormais directement aux membres de sa famille restés au pays.

Après avoir placé sous étroite surveillance le domicile de sa mère âgée de 87 ans à Meïsari, un village de la région de Chamakhi dans le centre du pays, la police a procédé à un vaste coup de filet visant les proches du journaliste. Le 18 juillet 2015, son neveu Toural Zahidov a été arrêté, soit disant pour “refus d’obtempérer aux injonctions de la police”, et condamné dans la foulée à 30 jours de détention administrative.

Le surlendemain, son cousin Rovchan Zahidov et un autre neveu, Roufat Zahidov, ont été arrêtés à leur tour dans deux dossiers séparés. Le premier a lui aussi été reconnu coupable d’avoir “refusé d’obtempérer aux injonctions de la police” et condamné à 25 jours de détention administrative. Le second, mis en examen pour “possession de drogue” (article 234.4.1 du code pénal), risque entre cinq et douze ans de prison. Au moins un autre neveu de Ganimat Zahid est actuellement recherché. Aucun d’entre eux n’exerce d’activité journalistique ou politique.

“Nous sommes extrêmement choqués par l’acharnement dont font preuve les autorités à l’encontre de la famille de Ganimat Zahid, déclare Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’est et Asie centrale de Reporters sans frontières. Au vu des nombreux précédents en Azerbaïdjan, il ne fait aucun doute que cette vague d’arrestations constitue une forme de pression sur le journaliste pour qu’il mette un terme à ses activités. Nous exhortons les autorités à mettre immédiatement un terme à ces poursuites sans fondements et à abandonner la pratique du châtiment collectif”.

Rédacteur en chef du principal quotidien d’opposition, Azadlig, Ganimat Zahid a lui-même été arrêté en novembre 2007 dans une affaire montée de toutes pièces. Il a reçu en 2009 le Prix de la liberté de la presse de la section autrichienne de RSF. Libéré en mars 2010, il a été contraint de quitter le pays l’année suivante avec son épouse et ses enfants suite à de sérieuses menaces à leur encontre. Exilé en France, il continue de diriger Azadlig malgré l’asphyxie économique du titre orchestrée par les autorités.

Surtout, il a entrepris en 2012 de briser le mur de la censure audiovisuelle azerbaïdjanaise en lançant Azerbaycan Saati, une émission télévisée diffusée quelques heures par semaine par satellite depuis l’étranger. Brouillée, évincée du satellite sur laquelle elle avait démarré, l’émission a rapidement été relancée et Ganimat Zahid prévoit d’accroître prochainement la durée des programmes. Malgré le harcèlement de ses proches, le journaliste a déclaré à RSF que rien ne saurait le convaincre de mettre un terme à ses activités.

Une vague de répression sans précédent s’est abattue sur la société civile azerbaïdjanaise depuis l’été 2014. Journalistes indépendants, blogueurs critiques et défenseurs des droits de l’homme n’ont le choix qu’entre la prison, l’exil ou le silence. Huit journalistes et quatre blogueurs sont emprisonnés à ce jour pour avoir fait leur travail d’information. L’Azerbaïdjan occupe la 162e place sur 180 dans le Classement mondial 2015 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

(Photo: Azadlig)