Accusé de "discréditer les forces armées”, le syndicat indépendant des journalistes russes menacé de dissolution

Mise à jour : un tribunal de Moscou a prononcé la liquidation du syndicat le 14 septembre 2022.

Le 13 juillet, le syndicat indépendant des journalistes et des travailleurs des médias (JMWU) a pris connaissance d’une plainte de 350 pages déposée contre lui. Reporters sans frontières (RSF) réclame l’abandon de ces poursuites.

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“Défendre les journalistes et la liberté de la presse constitue manifestement un crime contre l’Etat en Russie, déplore la responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF, Jeanne Cavelier. Solidaire du syndicat indépendant des journalistes, RSF s'insurge contre le climat de peur instauré par les autorités au sein de la communauté des journalistes et réclame l'abandon des poursuites contre l'organisation.” 

Le JMWU aurait publié des informations “visant à discréditer les forces armées”. C’est l’un des arguments avancés par le bureau du procureur pour demander sa liquidation, dans une plainte longue de 350 pages. Ses deux co-présidents, Sofia Roussova et Igor Iassine, sont accusés d’avoir “systématiquement porté atteinte à l'État et à la société par leurs actions”. Ils sont considérés comme “récidivistes” : Sofia Roussova a été condamnée à une amende pour une action de soutien au journaliste emprisonné pour “trahison” Ivan Safronov. Igor Iassine a lui été interpellé lors d’une mobilisation en faveur de Svetlana Prokopieva, elle-même poursuivie pour “terrorisme”.

Autre argument avancé par le procureur : une dizaine de membres du JMWU sont labellisés “agents de l’étranger” - une étiquette imposée arbitrairement par le ministère de la Justice, qui les contraint entre autres à apposer un texte en gros caractère avant chacune de leur publication et à fournir chaque trimestre un rapport détaillé de leurs revenus et dépenses. 

Ces derniers mois, le syndicat des journalistes russes s’est prononcé publiquement contre la guerre en Ukraine, a dénoncé la censure des médias en Russie, défendu des journalistes russes poursuivis en justice et exprimé sa solidarité avec les journalistes ukrainiens en signant la Déclaration de Pérouse

De fait, les activités du syndicat sont déjà suspendues depuis le 4 juillet. Le tribunal municipal de Moscou a fondé cette décision sur un article de la loi sur les “fausses informations”, adoptée le 4 mars dernier. Le 13 mai, le JMWU avait été sommé de soumettre au bureau du procureur - et ce, dans dans un délai d'un seul jour ouvré - des centaines de documents (procès-verbaux des réunions, informations sur les activités, etc.), sans explication ni possibilité de joindre le bureau pour préciser cette demande. La méthode utilisée rappelle celle du régime d’Alexandre Loukachenko au Bélarus pour dissoudre l’Association biélorusse des journalistes (BAJ) en 2021. La prochaine audience est fixée au 3 août.

Président de l’Union des Journalistes, syndicat pro-gouvernemental hérité de l’URSS, Pavel Gousev a exprimé son indifférence envers les poursuites engagées contre le syndicat indépendant. Egalement président de la commission pour les droits des journalistes du Conseil présidentiel pour les droits de l'homme, il estime que le syndicat n'a pas rempli correctement ses fonctions car il n'était pas engagé dans “le soutien matériel” et “l'organisation de loisirs et de soins”, mais “dans la défense de certains journalistes”. Fondé en 2017, le JMWU revendique 600 membres.

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Publié le 15.07.2022
Mise à jour le 14.09.2022