Grèce : Pour RSF, les avancées dans l’enquête sur l’assassinat de Giorgos Karaivaz sont insuffisantes

À l'approche des élections législatives, Reporters sans frontières (RSF) appelle les autorités grecques à poursuivre leurs efforts pour identifier et poursuivre les commanditaires de l’assassinat du journaliste Giorgos Karaivaz. L’arrestation de deux individus impliqués ne saurait dissimuler les lenteurs des procédures depuis le drame.

Ce dimanche 21 mai, les élections législatives renouvelleront pour 4 ans les 300 députés du Parlement grec. Ces élections surviennent dans un contexte politique tendu et alors que le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis est affaibli par un scandale d'espionnage, touchant plusieurs journalistes. Comme le souligne l'édition 2023 du Classement de la liberté de la presse de RSF, publié le 3 mai dernier, la Grèce est au dernier rang des pays de l’Union européenne en la matière. Depuis l’arrivée au pouvoir de Kyriakos Mitsotakis en juillet 2019, le pays est descendu de la 65e à la 107e position, soit une chute de 42 places, provoquant de vives réactions de la classe politique et d’attaques envers RSF.

Est-ce pour redorer son image en la matière que le gouvernement, via son ministre de la Protection des citoyens Takis Theodorikakos annonçait (enfin !) il y a moins d’un mois des avancées significatives dans l’enquête sur le meurtre du journaliste Giorgos Karaivaz ?

"RSF salue les progrès dans l’enquête sur l’assassinat de Giorgos Karaivaz mais s’interroge légitimement sur l’opportunisme politique du gouvernement Kyriakos Mitsotakis, qui a mis près de deux ans à procéder à ces arrestations. Indépendamment du contexte politique et du résultat des élections législatives, les autorités grecques doivent impérativement poursuivre leurs efforts pour identifier l’ensemble des responsables de cette lâche exécution, en particulier les commanditaires qui doivent être traduits en justice. L'implication des deux frères placés en détention doit également être clarifiée. RSF appelle les parlementaires prochainement élus à se saisir de cette urgence.

Pavol Szalai
Responsable du bureau UE-Balkans de RSF

Quelques jours avant l’annonce de Takis Theodorikakos, deux frères de nationalité grecque âgés de 40 et 48 ans, ont été arrêtés, auditionnés, puis détenus pour leur implication dans le meutre du journaliste. RSF a pu se procurer le rapport de la police grecque, basé notamment sur l’analyse des caméras de surveillance du quartier de Giorgos Karaivaz. On y découvre qu’au moins trois individus, dont les deux frères arrétés, ont participé activement à l’exécution de Giorgos Karaivaz : le commando était composé de deux personnes sur un scooter, accompagné par un van blanc aux vitres teintées appartenant à une entreprise de nettoyage, gérée par l’un des frères et propriété de sa compagne. La veille du crime, le scooter et le van ont été observés dans le quartier de Giorgos Karaivaz où ils réalisaient probablement des repérages. La police a pu vérifier que l'entreprise n’avait aucune raison de se trouver dans cette région à ces dates, et dévoile que les deux frères arrêtés ont des antécédents criminels. L’un d’eux est notamment impliqué dans un autre assassinat, celui du boxeur Haris Kontogiorgis, en 2021.

RSF rappelle que cinq mois après le crime, la police disposait déjà d’une liste de suspects, de témoignages, de communications téléphoniques ainsi que de nombreux enregistrements de caméras de sécurité. Dès le mois de janvier puis début avril 2023, plusieurs médias locaux affirmaient que la police grecque avait les informations nécessaires pour procéder à ces arrestations plus tôt. Pourquoi avoir attendu alors près de deux ans pour agir ?

Ces arrestations, qui constituent une avancée significative dans le dossier, sont pourtant loin d’être suffisantes. Le rapport de police apporte une série d’indications sur les circonstances et la scène du crime et confirme qu’il s’agit d’un assassinat prémédité et planifié. Mais il ne détermine pas clairement la chaîne de responsabilités dans l’affaire. 

Afin de garantir l’indépendance de l’enquête et pour bénéficier d’une expertise supplémentaire, RSF réitère son appel aux autorités grecques à solliciter l’agence européenne Europol. Cette association permettra d’identifier, d’arrêter et de juger l’ensemble des membres du commando et les commanditaires responsables de l’assassinat du Giorgos Karaivaz, qui avait été exécuté en pleine rue le 9 avril 2021, près de son domicile à Athènes.

La Grèce se situe à la 107e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2023.

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