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21 juillet 2020

Zimbabwe : un célèbre journaliste arrêté

Hopewell Chin’ono, journaliste d’investigation zimbabwéen (Facebook).
Reporters sans frontières (RSF) demande la libération de l’un des journalistes zimbabwéens les plus connus du pays. Cette arrestation constitue le dernier acte d’une série inquiétante d’atteintes à la liberté d’informer qui rappelle tristement les années Robert Mugabe.

Hopewell Chin’ono, journaliste d’investigation zimbabwéen, a été arrêté par “environ huit policiers” à son domicile de la capitale Harare lundi 20 juillet au matin a rapporté son avocate dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux. Sur les mages on distingue la baie vitrée brisée par les forces de l’ordre pour pénétrer dans le domicile du reporter et réalisateur, l’un des plus réputés du pays, vainqueur du prix CNN du journaliste africain de l’année 2008. La police a indiqué qu’il était poursuivi pour “incitation à la violence” et “troubles à l’ordre public” alors qu’aucun mandat d’arrêt n’a été présenté au moment de son interpellation précise par ailleurs l’avocate du journaliste. Ces accusations seraient liées à plusieurs de ses publications sur Twitter dans lesquelles le journaliste fait état d’un projet de manifestation contre la corruption du pouvoir, organisé par un opposant, lui-même arrêté le 20 juillet.


Fervent critique du président Emmerson Mnangagwa et de son gouvernement, enquêteur renonnu, Hopewell Chin’ono avait récemment contribué aux révélations sur l’attribution d’un marché par les autorités comprenant des surfacturations sur du matériel pour lutter contre le Covid-19. Le scandale, qui s’élève à plus de 50 millions d’euros, a abouti à l’arrestation du ministre de la Santé.


“La police a procédé à l’arrestation de ce journaliste en pénétrant de force et en nombre à l’intérieur de son domicile comme s’il s’agissait d’un dangereux criminel, dénonce Arnaud Froger. Le choix de la méthode brutale et d’arrestations qui ne visent qu’à faire taire les voix dissidentes rappelle tristement la répression des médias et des journalistes sous la dictature de Robert Mugabe. La détention de cette figure du journalisme zimbabwéen est le dernier signal, sans doute le plus inquiétant, d’une résurgence des attaques contre la liberté d’informer et ce journaliste doit être libéré.”


Depuis le début de l’épidémie de Covid-19, le Zimbabwe est le pays le plus répressif envers la presse en Afrique subsaharienne selon les données recueillies par RSF dans le cadre de l’observatoire 19, un outil qui documente la censure, la désinformation et les atteintes à la liberté d’informer en lien avec la crise sanitaire. Au moins dix journalistes ont fait l’objet d’une arrestation arbitraire et quatre ont été agressés par les forces de sécurité, parfois au simple prétexte qu’ils ne disposaient pas d’une carte de presse à jour.


Depuis le renversement de Robert Mugabe en 2017, considéré par RSF comme l’un des pires prédateurs des médias et journalistes du continent africain, le Zimbabwe n’a progressé que de deux places et figure actuellement à la 126e position sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2020.