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1 septembre 2020

Zimbabwe : RSF demande la libération immédiate d’un journaliste souffrant et en détention

Zimbabwean journalist and documentary film maker Hopewell Chin'ono (2nd L) consults with his lawyer Doug Coltart while police search his office in Harare on July 21, 2020, a day after he was arrested and charged with incitement to commit public violence. Jekesai NJIKIZANA / AFP
A la veille d’une nouvelle audience qui devra statuer sur une demande de mise en liberté provisoire et alors que le journaliste, malade, vient de subir un test de dépistage de la Covid-19, Reporters sans frontières (RSF) demande sa libération sans condition.

Hopewell Chin’ono est “souffrant”, indique sur Twitter l’un des avocats du célèbre journaliste d’investigation zimbabwéen, incarcéré depuis plus d’un mois, et désormais détenu dans une prison de haute sécurité. D’après les informations recueillies par RSF, le journaliste aurait également été soumis à un test Covid-19 dont les résultats n’ont pas encore été communiqués. Jointe par RSF, Beatrice Mtewa, l’une de ses conseils, dénonce le “surpeuplement, l’absence de distanciation sociale, de savon, de désinfectant et de protocoles sanitaires contre le virus”. Des conditions de détention qui exposent, selon elle, le journaliste à un risque de contamination “élevé”. 


C’est dans ce contexte que la justice zimbabwéenne examinera pour la quatrième fois ce mercredi 2 septembre, une nouvelle demande de mise en liberté provisoire.


Le journaliste d’investigation avait été arrêté à son domicile de Harare, la capitale, le 20 juillet dernier. Poursuivi pour « incitation à la violence » et « troubles à l’ordre public », il est officiellement accusé d’avoir incité la population à participer à une manifestation contre la corruption prévue le 31 juillet dernier dans plusieurs publications sur Twitter. Farouche critique du président Emmerson Mnangagwa et de son gouvernement, le journaliste avait contribué quelques semaines plus tôt aux révélations concernant une affaire de surfacturation de matériel médical destiné à la lutte contre la Covid-19. Ce scandale impliquant plusieurs proches du pouvoir et dans lequel le fils du président est cité, avait par ailleurs entrainé l’arrestation du ministre de la Santé. 


“Ce journaliste reconnu pour ses enquêtes fait l’objet d’un acharnement politique et judiciaire qui met désormais gravement en péril sa santé, dénonce Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Ses enquêtes et ses prises de position sur la corruption n’auraient jamais dû le conduire en prison. Son état de santé déclinant et les risques d’exposition au coronavirus doivent conduire les autorités à le libérer sans délai. Son maintien en prison sonnerait comme une première condamnation. Nous tenons les autorités, maintes fois alertées, pour seules responsables du sort de ce journaliste”. 


Il y a un mois, RSF et la branche zimbabwéenne du Media Institute of Southern Africa (MISA), une organisation locale de défense de la liberté de la presse, avaient conjointement demandé la libération de Hopewell Chin’ono dans un contexte de recrudescence des arrestations arbitraires de journalistes. Dans une lettre adressée à la ministre de l’Information, Monica Mutsvanga, RSF et MISA-Zimbabwe avait également demandé aux autorités de mettre fin aux exactions commises par les forces de sécurité sur les professionnels de l’information, en lien avec leur couverture de l’épidémie de coronavirus. 


Avec 15 atteintes à la liberté de la presse recensées par RSF dont une dizaine de journalistes arrêtés, le Zimbabwe est le pays d’Afrique subsaharienne le plus répressif contre les professionnels de l’information depuis le début de la crise sanitaire. 


Malgré la chute de Robert Mugabe en 2017 et les promesses de changements, la situation de la liberté de la presse demeure préoccupante au Zimbabwe. Le pays occupe la 126e position sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2020.