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30 avril 2012 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Yara Michel Shammas libérée sous caution, mais toujours passible de la peine de mort


Reporters sans frontières est soulagée par la nouvelle de la libération sous caution de Yara Michel Shammas, ce 30 avril 2012. Toutefois, l’organisation rappelle que cette libération n’est que conditionnelle et que la jeune femme risque toujours la peine de mort. L’organisation demande la levée de l’ensemble des accusations pesant contre elle. Des dizaines d’autres journalistes et net-citoyens croupissent toujours dans les geôles syriennes. Reporters sans frontières réitère son appel à leur libération immédiate et à l’abandon de toutes les charges à leur encontre. ----------------------------------------------- 27.04.2012 - La jeune activiste Yara Shammas risque la peine de mort Alors que les observateurs des Nations unies essaient, non sans difficultés, de remplir leur mission, Reporters sans frontières souhaite attirer l’attention sur les nombreuses violations de la liberté d’informer que perpétue le régime de Bachar Al-Assad, notamment en emprisonnant ceux qui ont le courage de nous renseigner sur la situation en Syrie. “L’organisation appelle à la libération immédiate de tous les professionnels de l’information, citoyens-journalistes et net-citoyens emprisonnés par le régime. Les autorités syriennes se sont engagées à mettre en œuvre le plan de Kofi Annan, qui prévoit notamment la libération de tous les prisonniers d’opinion. Il est grand temps qu’elles remplissent leurs engagements”, a declaré Reporters sans frontières. L’organisation est particulièrement inquiète du sort de Yara Michel Shammas, 21 ans, arrétée avec onze autres jeunes activistes, le 7 mars 2012 dans un café de la vieille ville de Damas, par les forces de sécurité syriennes. Elle a été transférée dans une prison à Homs et, le 22 avril 2012, neuf chefs d’accusation ont été présentés contre elle, dont un pour lequel elle risquerait la peine de mort, en vertu de l’article 298 du code pénal. Celui-ci stipule que “sera condamné aux travaux forcés à perpétuité quiconque commet un acte qui vise, soit à provoquer une guerre civile ou des conflits communautaires en armant des citoyens syriens ou en les incitant à prendre les armes les uns contre les autres, soit à inciter à un massacre ou un pillage dans une ou plusieurs localités. Si cet acte aboutit, le coupable sera condamné à mort”. Yara Michel Shammas, spécialiste en informatique, est la fille de Michel Shammas, avocat et militant des droits de l’homme connu notamment pour ses activités sur Facebook. Le directeur du Centre syrien pour les études et les recherches juridiques, Anwar Al-Bonni, a déclaré que “ce qui est en train d’arriver à Yara Michel Shammas est clairement une façon de faire pression sur l’avocat Shammas”. Reporters sans frontières reste très préoccupée par la situation du citoyen-journaliste Ali Mahmoud Othman, très actif à Homs, figure de la résistance syrienne, arrêté le 28 mars à Alep. D’après un activiste récemment libéré, Ali Mahmoud Othman serait toujours en vie, détenu à Damas par les services de renseignement et subissant d’atroces tortures. L’organisation est également extrêmement inquiète du sort de l’activiste Noura Al-Jizawi, elle aussi arrêtée le 28 mars dernier, à Damas. Membre de la Commission générale de la révolution syrienne et de Flash News Network, elle collaborait au journal révolutionnaire syrien Hurriyat. Reporters sans frontières est toujours sans nouvelles des deux journalistes turcs, Adem Özköse, correspondant pour Gerçek Hayat et le quotidien Milat, et le cameraman Hamit Coşkun, kidnappés le 10 mars dernier dans la région d’Idlib par des Shabiha et remis depuis aux renseignements syriens. Le 22 avril 2012, sept membres du Centre syrien pour les médias et la liberté d’expression (SCM), ainsi qu’une personne qui visitait le centre au moment de leur arrestation, le 16 février 2012, ont appris leur comparution devant un tribunal militaire pour “possession de documents interdits en vue de leur distribution”, une infraction passable de six mois d’emprisonnement. Il s’agit de Yara Badr, Razan Ghazzawi, Hanadi Zahlout, Sana Zetani, Joan Farsso, Bassam Al-Ahmed, Ayham Ghazzoul et Mayada Khalil. Ils sont actuellement détenus à la prison d’Adra, à Damas. Quant aux cinq autres membres du SCM également arrêtés le 16 février, Mazen Darwish, le président et fondateur, Hussein Gharir, Hani Zetani, Mansour Al-Omari, et Abdel Rahman Hamada, ils demeurent en détention incommunicado. Ci-dessous une liste non-exhaustive de nombreux autres journalistes et net-citoyens détenus ou disparus en Syrie : * La journaliste Mary Iskander Issa, arrêtée avec son mari, le médecin Joseph Nakhla, le 14 avril 2012, à Jermana, dans la banlieue de Damas. Les services de sécurité accusent son mari de soigner des “terroristes” à leur domicile. * Le journaliste freelance Assem Hamsho, arrêté le 8 avril 2012 à Damas. * Le journaliste Wassim Zakaria Al-Dahan, arrêté le 26 mars 2012 dans la banlieue de Damas. Il travaillait pour le quotidien Qassioun. * Le blogueur Jamal Al-Omar, arrêté le 15 mars 2012 à la frontière syro-libanaise. Il serait actuellement détenu à la prison d’Adra, à Damas. * Le blogueur Jehad Jamal, arrêté aux côtés de Yara Michel Shammas, le 7 mars 2012 à Damas. * Le blogueur Deyaa Labdalla, arrêté à Suweida, le 13 février 2012, pour avoir posté une lettre ouverte adressé au président. * L’ingénieur Saïd Fahd Dairky, arrêté le 14 janvier 2012. Il travaillait pour la télévision nationale et avait diffusé des images montrant clairement qu’un rassemblement pro-régime avait beaucoup moins de participants que le chiffre annoncé par les médias officiels. * Le journaliste Mohamed Omar Al-Khatib, arrêté le 8 janvier 2012 dans les environs de Damas, après avoir été blessé par balle. Il a travaillé pour les services économie et actualités locales du journal Al-Watan. * Le journaliste palestinien Moheeb Al-Nawaty, porté disparu depuis le 5 janvier 2012, quelques jours après son arrivée à Damas. * Le cyberactiviste Mohamed Nizzar Al-Baba, arrêté le 5 décembre 2011 après avoir été convoqué par les services de sécurité. * Le journaliste Alaa Khodr, arrêté le 18 novembre 2011 à Deir Ezzor. Il travaillait pour l’agence de presse officielle Sana avant d’être licencié pour avoir publiquement dénoncé les pratiques du régime à l’encontre des civils. * Le blogueur Qais Abazli, arrêté le 18 novembre 2011 dans les environs de Jisr Al-Shoughour. Il a notamment crée le blog “les Syriens anti-corruption”. * Le cyberactiviste Alaa Shueiti, arrêté le 15 octobre 2011, à Homs. * Le journaliste et écrivain Shibal Ibrahim, arrêté le 22 septembre 2011 à Kamishli. * Le réalisateur Bilal Ahmed Bilal, arrêté le 13 septembre 2011 à Moadamieh, dans les environs de Damas. Il travaillait pour la chaine d’information Falesteen Al-Yom. * Le journaliste et écrivain Hussein Issou, arrêté le 3 septembre 2011 à Al-Hassakah. Sa famille reste sans nouvelle. * L’écrivain et blogueur Miral Biroreda, arrêté le 26 août 2011, à Al-Hassakah, lors d’une manifestations pacifique. D’après l’Organisation kurde pour la défence des droits de l’homme et des libertés publiques (DAD), l’activiste est actuellement jugé pour sa participation aux manifestations et pour ses écrits sur la révolution syrienne. * Le journaliste Abdelmajid Rashed Al-Rahmoun, arrêté le 23 août 2011, dans la province de Hama. Il travaillait pour le quotidien Al-Fidaa. * Le journaliste-citoyen Tarek Saïd Balsha, arrêté le 19 août 2011, à Latakiya. * L’ingénieur Mohamed Nihad Kurdiyya, arrêté le 17 août 2011, à Latakiya, alors qu’il allait être interviewé sur la chaine Al-Jazeera. * Le reporter Adel Walid Kharsah, arrêté le 17 août 2011 à Deraa, où il enquêtait sur le mouvement de protestation. * Le journaliste Olwan Zouaiter, arrêté le 16 mars 2011 à Raqqa. Il a été condamné à cinq ans de prison avant que sa peine soit finalement réduite à treize mois de prison ferme. * La blogueuse Tal Al-Mallouhi, détenue depuis décembre 2009. Le 14 février 2012, la jeune femme a été condamné à cinq ans de prison par la haute cour de sûreté de l’État, à Damas, pour “intelligence avec un pays étranger”.