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29 janvier 2017 - Mis à jour le 30 janvier 2017

Visite du MAE français en Iran: une occasion à saisir pour agir en faveur des journalistes emprisonnés

À l’occasion de la visite du ministre français des Affaires étrangères en Iran, Reporters sans frontières (RSF) rappelle la situation déplorable de la liberté de la presse dans le pays et demande à Jean-Marc Ayrault d’intervenir personnellement auprès des autorités iraniennes en faveur des journalistes emprisonnés.

Dans un paysage médiatique très largement contrôlé par le régime islamique, la répression à l’égard des journalistes, des journaliste-citoyens et des médias indépendants ne faiblit pas: les intimidations permanentes, les arrestations arbitraires, les condamnations très lourdes prononcées à l’issue de procès inéquitables par des tribunaux révolutionnaires font toujours le quotidien de la presse iranienne.


Depuis le 29 juillet 2015, date de la visite historique du ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius en Iran, RSF a recensé au moins une centaine de cas de journalistes qui ont été convoqués par les autorités, menacés voire incarcérés. Sur les trente-sept cas d’arrestations répertoriés, dix-sept ont été libérés provisoirement après avoir versé des cautions exorbitantes en attendant leur procès; six ont été libérés après avoir purgé une peine d'un an de prison ferme; douze autres sont toujours emprisonnées après avoir été condamnés à des peines allant de trois à dix ans de prison et deux femmes journalistes sont détenues depuis un mois dans des lieux inconnus et sans qu’aucun chef d’accusation n’ait été prononcé.


La justice iranienne ne se contente pas d'emprisonner les journalistes, elle leur inflige également des peine inhumaines et moyenâgeuses. En l’espace d’un an, au moins quatre journalistes ont été condamnés à recevoir des coups de fouet: 223 pour le cinéaste et journaliste Kaivan Karimi, 459 pour le journaliste Mohammad Reza Fathi et 40 pour le directeur du site d'information Shahrood News, Mostafa sharif. Si ces derniers attendent l'exécution de leur peine, Hossein Movahedi, journaliste du site d’information Najafabad News a reçu, le 4 janvier dernier, 40 coups de fouet pour publication “de fausses informations.”


Pour contester la légalité de leur arrestation et protester contre leurs conditions de détention, les journalistes en arrivent à des solutions extrêmes. En 2016, au moins dix journalistes emprisonnés, malades et privés de soins médicaux ont eu recours à la grève de la faim pour réclamer des soins appropriés. Trois personnes ont été libérées, mais le directeur du journal Payam-e mardom-e Kurdestan (aujourd’hui suspendu) Mohammad Sedegh Kabodvand, la journaliste et porte-parole du Centre des défenseurs des droits de l’Homme en Iran Narges Mohammadi, le journaliste-citoyen irano-britannique Roya Saberi Negad Nobakht, le journaliste du quotidien Iran Afarin Chitsaz et le directeur du quotidien Farhikhteghan Ehssan Mazndarani sont toujours derrière les barreaux et peuvent à tout moment reprendre leur grève de la faim, comme l’a fait Issa Saharkhiz. Ce journaliste indépendant reconnu, qui a aussi dirigé plusieurs journaux réformateurs suspendus, a commencé le 14 janvier 2017 sa troisième grève de la faim en un an, toujours pour protester contre ses conditions de détention, alors qu'il est hospitalisé suite à un infarctus.


Les prisonniers d’opinion sont en danger de mort, «ils n'ont plus d'autre choix que de mettre leur vie en danger pour contester la légalité de leur détention» alerte l’avocate pakistanaise Asma Jahangir qui vient de prendre ses fonctions de rapporteur spécial chargé d’examiner la situation des droits de l’homme en Iran. Depuis mai 2011, la république islamique n’autorise pas l’accès du rapporteur sur son territoire. Ce refus de coopérer avec “les procédures spéciales” du Conseil des droits de l’homme a été récemment dénoncé par le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein.


RSF demande au ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault de profiter de sa visite en Iran pour intervenir personnellement auprès des autorités en faveur de la liberté d'information et pour évoquer le sort de tous les journalistes et journaliste-citoyens emprisonnés dans des conditions effroyables. L‘organisation est extrêmement inquiète pour la vie de plusieurs journalistes malades et très affaiblis physiquement et psychologiquement.


Pour RSF, ce voyage doit aussi être l’occasion pour Jean-Marc Ayrault de rappeler aux autorités iraniennes qu’elles doivent respecter les lois et règlements qu’elles ont elles-mêmes édictés* ainsi que les normes internationales** qui figurent dans la Déclaration universelle des Droits de l’homme et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont l’Iran est signataire.


RSF rappelle au gouvernement français que se rapprocher de Téhéran, sans mettre en avant la question du respect des droits fondamentaux, parmi lesquels la liberté d’information, ne servirait qu’à renforcer un régime qui utilise des méthodes répressives disproportionnées contre une société civile empreinte de liberté.


Avec 27 journalistes et citoyen-journalistes emprisonnés, l’Iran est l'une des cinq plus grandes prisons du monde pour les professionnels de l’information. Le pays occupe la 169e place sur 180 dans le classement 2016 de la liberté de la presse publié par RSF.



*Le règlement intérieur des prisons en Iran, mis en place par l’instance juridique en charge de la gestion des lieux de détention, oblige les autorités pénitentiaires à dispenser aux prisonniers malades les soins nécessaires. Les articles 102 et 103 de ce règlement précisent notamment que “la visite mensuelle est obligatoire dans la clinique de la prison” et que “si nécessaire, le détenu doit être transféré de toute urgence de la prison vers l’hôpital”. Ce même règlement stipule que le juge est également responsable de la sécurité et de la santé des prisonniers atteints de maladie grave et incurable.



**En vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques - auquel l’Iran a adhéré -, la privation de soins médicaux peut constituer une violation de l’interdiction de la torture et des traitements cruels, inhumains ou dégradants.