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9 juillet 2019 - Mis à jour le 18 juillet 2019

Vingt-et-une organisations dénoncent une escalade dangereuse dans le harcèlement des médias internationaux en Turquie

Une fondation proche des autorités turques accuse les principaux médias internationaux de biais antigouvernemental et s’en prend à leurs correspondants. Reporters sans frontières (RSF) et vingt autres organisations dénoncent une nouvelle et dangereuse escalade dans le harcèlement des journalistes.

Sous les dehors d’une étude académique, c’est un véritable brûlot qu’a publié la Fondation pour la recherche politique, économique et sociale (SETA) le 5 juillet dernier. Le think tank fondé par İbrahim Kalın, aujourd’hui conseiller du président Erdoğan, prétend se pencher sur la couverture de l’actualité par les services en langue turque de sept grands médias internationaux dont la BBC, Deutsche Welle, Voice of America, Sputnik ou encore Euronews. Un exercice qui tourne au réquisitoire : tous sont accusés de biais antigouvernemental, à l’exception de Radio Chine Internationale.

Pour arriver à cette conclusion, SETA ne se contente pas d’analyser leur couverture de la tentative de putsch de juillet 2016 ou de l’intervention militaire turque en Syrie, à l’aune du discours officiel d’Ankara. Le rapport liste les correspondants de ces médias, retrace leurs parcours et traque leurs faits et gestes sur les réseaux sociaux pour tenter d’établir leurs affinités politiques, de mettre en doute leur déontologie professionnelle, voire de suggérer des liens avec des organisations terroristes. Couvrir des procès de journalistes, relayer des tweets de RSF ou de médias tels que Cumhuriyet ou Evrensel sont décrits comme autant de preuves d’un “positionnement antigouvernemental”.

RSF et les autres organisations signataires dénoncent un fichage politique de mauvaise foi qui procède par associations hâtives dans le seul but d’intimider les journalistes ciblés. Une chasse aux sorcières particulièrement dangereuse dans le contexte de tension et de polarisation politique qui caractérise la société turque. Difficile de ne pas voir dans ce rapport une tentative de discréditer les médias internationaux, à l’heure où ils renforcent leur présence en Turquie pour pallier à la destruction du pluralisme orchestrée par les autorités.

Le Syndicat des journalistes de Turquie (TGS), l’association de défense de la liberté d’expression MLSA et le journaliste Fatih Polat ont annoncé le 8 juillet qu’ils portaient plainte en justice contre SETA, notamment pour “incitation à la haine et à l’hostilité” et “rétention de données personnelles”. Confrontée à de nombreuses critiques, la Fondation a réaffirmé que sa démarche était “scientifique”.

La Turquie occupe la 157e place sur 180 pays au Classement mondial 2019 de la liberté de la presse établi par RSF. Sur fond de démantèlement de l’état de droit, la situation des médias est devenue particulièrement critique depuis la tentative de putsch de juillet 2016. Le pays détient le record mondial du nombre de professionnels des médias emprisonnés.

  • ARTICLE 19
  • ARTICOLO 21
  • Cartoonists Rights Network International (CRNI)
  • Civic Space Studies Association
  • Committee to Protect Journalists (CPJ)
  • English PEN
  • European Centre for Press and Media Freedom (ECPMF)
  • Fédération Européenne des Journalistes (FEJ)
  • Global Editors Network (GEN)
  • Index on Censorship
  • International Press Institute (IPI)
  • Osservatorio Balcani Caucaso Transeuropa (OBCT)
  • P24
  • PEN America
  • PEN Danemark
  • PEN International
  • PEN Norvège
  • PEN Suède
  • Reporters sans frontières (RSF)
  • South East Europe Media Organisation (SEEMO)
  • WAN-IFRA