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12 décembre 2018

Vingt ans après l’assassinat de Norbert Zongo, les autorités françaises et burkinabè doivent faire de la résolution de cette affaire une priorité

Alors qu’un avis favorable vient d’être rendu par la justice française pour extrader le principal suspect dans l’assassinat du journaliste burkinabè, Reporters sans frontières (RSF) salue un pas important et les progrès de l’instruction en cours. Mais l’ONG demande aux autorités françaises et burkinabè d’accélérer les procédures pour que se tienne enfin un procès.

A quelques jours du vingtième anniversaire de l’assassinat de Norbert Zongo et de ses trois accompagnateurs dont les corps avaient été retrouvés calcinés et criblés de balles le 13 décembre 1998, la chambre d’instruction de la cour d’appel de Paris a émis le 5 décembre dernier un “avis favorable” pour l’extradition de François Compaoré. Le frère du président déchu du Burkina Faso Blaise Compaoré est suspecté d’être le principal commanditaire de cet assassinat. Au moment des faits, Norbert Zongo, journaliste d’investigation pour l’hebdomadaire L’Indépendant, enquêtait sur la mort en détention du chauffeur de François Compaoré.


Ce dernier a fui le Burkina Faso après le renversement de Blaise Compaoré lors d’une insurrection populaire en octobre 2014. Depuis mai 2017, il est sous le coup d’un mandat d’arrêt international émis par l’Etat du Burkina Faso pour “incitation à assassinats”. Le 29 octobre suivant, il avait été interpellé à sa descente d’avion en France et placé sous contrôle judiciaire.


“L’autorisation d’extrader François Compaoré est une étape importante dans cette longue bataille judiciaire qui doit conduire les principaux suspects de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo à répondre enfin de leurs actes, déclare Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Mais 20 ans après les faits, les obstacles restent nombreux et certains de ces suspects sont déjà décédés. Nous exhortons les autorités françaises et burkinabè à faire de la résolution de cette affaire une priorité afin que cette figure du journalisme d’investigation, qui a suscité tant de vocations, ne demeure pas le symbole de l’impunité des crimes contre les journalistes”.


François Compaoré toujours astreint à un contrôle judiciaire


A l’issue de l’audience du 5 décembre, les avocats de François Compaoré avaient semé le doute en écrivant dans un communiqué que le contrôle judiciaire de ce dernier avait été “levé” et qu’il était “libre de ses mouvements”, laissant entendre qu’il avait désormais la possibilité de quitter le territoire français. Une information que RSF est en mesure de démentir. L’arrêt rendu la semaine dernière confirme que François Compaoré est toujours astreint aux obligations de son contrôle judiciaire.


Mais une éventuelle extradition prendra du temps. Ses avocats ont d’ores et déjà décidé de former un pourvoi en cassation. Une fois cette procédure terminée, un décret doit ensuite être pris par le gouvernement pour procéder à l’extradition. Un dernier recours est encore possible devant le Conseil d’Etat.


Sans l’extradition du principal suspect, que les Burkinabè surnomment “le petit président” en raison de sa grande influence pendant les 27 ans au pouvoir de son frère, difficile d’imaginer la clôture de l’instruction et l’ouverture d’un procès. Mais le temps presse. Sur les six principaux suspects identifiés comme faisant partie du commando chargé de l’exécution du journaliste, tous des militaires appartenant à l’ancien régime de sécurité présidentiel, trois sont déjà décédés. Les trois autres ont été inculpés en 2015 et se trouvent en détention provisoire à Ouagadougou.


Le Burkina Faso occupe la 41e place dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2018.