Actualités

6 janvier 2011 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Vague d’arrestations de blogueurs et de militants


Reporters sans frontières dénonce les arrestations et disparitions de blogueurs et de militants connus pour leur engagement pour la liberté d’expression en ligne, survenues le 6 janvier 2011 dans différentes villes tunisiennes. L’organisation a répertorié au moins cinq cas mais la liste pourrait être plus longue. Selon plusieurs sources contactées par Reporters sans frontières, ces blogueurs auraient été interpellés par la police afin d’être interrogés sur les actes de piratage de sites gouvernementaux par le groupe de hackers militants Anonymous.

L’organisation demande aux autorités de les libérer dans les meilleurs délais. “Ces arrestations, destinées à intimider les internautes tunisiens et leurs soutiens internationaux, sont contreproductives et risquent d’attiser les tensions. Ce n’est pas en arrêtant quelques blogueurs que les images des manifestations disparaîtront de la Toile ou que les cyberattaques cesseront”, a constaté Reporters sans frontières. Durcir la répression n’est pas la solution à la crise que traverse la Tunisie aujourd’hui.

Le blogueur et militant Hamadi Kaloutcha (http://www.facebook.com/Kaloutcha.Hamadi) a été arrêté à son domicile aux alentours de 6 heures du matin par quatre ou cinq policiers en civil. Un ordinateur portable et une unité centrale ont également été saisis. Les policiers ont déclaré à son épouse qu’ils l’emmenaient au commissariat le plus proche, qu’ils avaient “seulement quelques questions à lui poser” et que “cela ne prendrait que quelques heures”. On est toujours sans nouvelles de lui.

Le cyberdissident Sleh Edine Kchouk, militant de l'Union générale des étudiants de Tunisie (UGET), a quant à lui été interpellé par la police à Bizerte (60 km au nord-ouest de Tunis). Son ordinateur a également été confisqué.

Le rappeur tunisien El Général - de son vrai nom Hamada Ben Aoun - aurait également été arrêté à Sfax (270 km au sud-est de Tunis). Dans son morceau “Président, ton peuple est mort“, il interpelle le président Ben Ali sur la corruption et le chômage. Populaire auprès des jeunes Tunisiens, la vidéo a largement circulé sur la Toile (voir la vidéo).

En outre, on est sans nouvelles de Slim Amamou et Azyz Amamy, deux net-citoyens basés à Tunis. Slim Amamou avait déjà été brièvement détenu, le 21 mai 2010, à la veille d’une manifestation contre la censure du Web qu’il avait prévu d’organiser devant le ministère de l’Information à Tunis. D’après plusieurs militants des droits de l’homme qui souhaitent garder l’anonymat, il serait actuellement au ministère de l’Intérieur. Quant à Azyz Amamy, il aurait couvert les événements de Sidi Bouzid. Son blog est actuellement inaccessible (http://azyz404.blogspot.com/), et sa page Facebook serait désactivée.

Ces arrestations se déroulent alors que les autorités tentent, en renforçant la censure sur le web, d’étouffer les mouvements de contestation sociale et politique qui agitent le pays et de maîtriser les cyberattaques dirigées contre des sites gouvernementaux. Les réseaux sociaux ont assuré une couverture sans précédent des événements, alors que les médias traditionnels, sous la coupe du régime pour la plupart d’entre eux, les ont passé sous silence. Voir le communiqué précédent.

Le régime durcit également la censure des articles en ligne des médias internationaux sur les troubles actuels. Par ailleurs, Isabelle Mandraud, journaliste du service international du quotidien Le Monde, spécialiste du Maghreb, s’est vue refuser l’entrée sur le territoire tunisien le 6 janvier 2011. Le quotidien est interdit de distribution en Tunisie depuis l’expulsion de son envoyée spéciale Florence Beaugé en octobre 2009.

Reporters sans frontières rappelle que le correspondant du site d’informations Albadil.org, Ammar Amroussia, arrêté le 29 décembre 2010, est incarcéré à la prison de Gafsa (400 km au sud de la capitale). Il est poursuivi en vertu des articles 42, 44 et 49 du code de la presse, des articles 121, 131, 132, 220 bis, 315 et 316 du code pénal et de l’article 26 de la loi n°4 du 24 janvier 1969 relative à l’« organisation de réunions publiques, convois, expositions, manifestations et rassemblements ». Ammar Amroussia dénonçait notamment la corruption dans le pays et appelait à combattre « la dictature ». Il assurait la couverture des évènements récents à Sidi Bouzid pour le quotidien Al-Badil, interdit dans le pays, et avait participé à de nombreuses manifestations de solidarité à Gafsa.