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18 août 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Une vague de répression sans précédent touche les défenseurs de la liberté de l’information à Bakou


Depuis fin juillet, les autorités azerbaïdjanaises mènent un assaut massif contre les dernières voix critiques du pays. Parmi les victimes de cette campagne figurent trois ONG de soutien aux médias, notamment l’Institute for Reporters Freedom and Safety.
L’Azerbaïdjan qui, le 14 mai 2014, a pris la tête du Conseil de l’Europe confirme malheureusement qu’il est le plus répressif de ses 47 membres. Les autorités de Bakou mènent depuis fin juillet une vague de répression sans précédent contre les défenseurs des droits de l’homme, les journalistes indépendants et ceux qui les soutiennent. Plusieurs organisations de soutien aux médias et leurs dirigeants sont dans la ligne de mire de Bakou. Les comptes d’une douzaine d’ONG ont été gelés le 5 août, dont ceux de la section azerbaïdjanaise d’International Research & Exchanges Board (IREX), de l’Institute for Reporters Freedom and Safety (IRFS) et de Media Rights Institute (MRI), toutes les trois dédiées à favoriser la liberté de l’information dans le pays. Les dirigeants respectifs d’IRFS et de MRI, Emin Huseynov et Rashid Hajili, ont vu leurs comptes personnels également gelés. Le 6 août, Emin Huseynov a reçu une interdiction de quitter le territoire azerbaïdjanais, et n’est plus joignable depuis le 8 août, date à laquelle les locaux de l’IRFS ont été perquisitionnés. En plus de tous les documents légaux concernant l’activité de l’ONG et les équipements informatiques et électroniques, les documents liés à son activité de défense des droits de l’homme ont été saisis, sans être mentionnés dans le mandat de perquisition. Le même jour, le domicile de la mère d’Emin Huseynov a été perquisitionné, et sa tablette électronique saisie. Trois jours plus tard, les locaux de l’organisation ont été placés sous scellés, et les employés mis à la porte sans que les huissiers ne montrent aucun document officiel. “Les autorités azerbaïdjanaises semblent vouloir porter un coup fatal aux dernières voix indépendantes du pays, dénonce Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale. Nous exhortons la communauté internationale à réagir au plus vite face à ces pratiques inacceptables de la part d’un Etat qui assume actuellement la présidence du conseil des ministres du Conseil de l’Europe. Ces actes de persécution doivent cesser avant que la société civile et les médias indépendants ne soient définitivement anéantis.” La repression touche non seulement les défenseurs de l’information, mais également leurs proches. Mourad Adilov, militant du parti d’opposition du Front populaire, a été arrêté lors d’un raid de la police, le 12 août 2014, au domicile de ses parents à Khelfeli, un village dans la région de Sibarabad. Lors de la perquisition sauvage du domicile des Adilov, la police a affirmé avoir trouvé 600 grammes de drogue sous un oreiller, et a accusé Mourad Adilov de “recel de drogue”. Le jeune homme a ensuite été torturé afin qu’il avoue sa culpabilité, puis a été emmené au département du crime organisé du ministère de l’Intérieur à Bakou. Deux jours après son arrestation, il n’a toujours pas été autorisé à voir son avocat. Le 13 août, il a été condamné à trois mois de détention provisoire. Son frère Natik Adilov, correspondant du journal indépendant Azadlig et présentateur de l’émission télévisée d’opposition Azerbaican Saati, a déclaré que si l’activisme politique de Mourad Adilov avait pu susciter le mécontentement des autorités, cette arrestation était très vraisemblablement liée à ses propres activités journalistiques. Ganimat Zahid, rédacteur en chef du quotidien d’opposition Azadlig pour lequel travaille également Natik Adilov, confirme cette hypothèse. Azadlig est depuis plusieurs années continuellement harcelé par les autorités au point notamment d’être au bord de l’asphyxie économique. Depuis fin juillet, la répression à l’encontre de la société civile s’est particulièrement accentuée. Le 2 août, le défenseur des droits de l’homme Rassoul Djafarov a été placé en détention provisoire pour trois mois dans une affaire montée de toutes pièces. Trois jours plus tôt, la célèbre militante des droits de l’homme Leïla Younous était elle aussi arrêtée, avant d’être rejointe en prison le 5 août par son mari, Arif Younous. Le couple Younous est inculpé dans la même affaire que le journaliste indépendant Raouf Mirkadyrov, incarcéré depuis le 18 avril dans l’attente de son procès. Le 8 août, c’était au tour du défenseur des droits de l’homme Intigam Aliev d’être arrêté, pour des motifs également fallacieux. L’Azerbaïdjan figure à la 160e place sur 180 du Classement de la liberté de la presse de Reporters sans frontières. (photo : International Media Support)