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5 avril 2017 - Mis à jour le 10 avril 2017

Un journaliste somalien enlevé et torturé dans un climat général de violence et d’impunité

Le général Mohamed Sheikh Hassan©mareeg.com
Reporters sans frontières (RSF) condamne l’enlèvement d’un journaliste somalien ce week-end à Mogadiscio, et appelle les autorités à faire toute la lumière sur ce nouveau cas d’agression violente de journalistes.

Hanad Ali Guled, journaliste pour le média privé Goobjoog Television, a été retrouvé le 2 avril 2017, portant des traces de torture et incapable de parler, dans un champ à une trentaine de kilomètres de la capitale somalienne. Il avait été enlevé la veille non loin de son domicile de Mogadiscio par des hommes armés et masqués. Peu de temps avant son enlèvement, le journaliste avait reçu des menaces, en lien avec Media for Aid, un programme qu’il a co-fondé et qui fournit des informations aux populations rurales sur la sécheresse en cours.


Cette agression violente d’un journaliste n’est malheureusement pas un cas isolé dans ce pays où les attentats contre les journalistes sont devenus un fait régulier. Le 12 mars dernier, Abdihamid Mohamed Osman, alias Karazai, un technicien de la télévision Universal TV, a réchappé de peu à l’explosion d’une bombe placée sous sa voiture, dans le quartier Hamarwayne de Mogadiscio.


Selon l’adjoint du Commandant de la police, le général Mohamed Sheikh Hassan, interrogé par RSF, la police criminelle enquête sur ces deux cas et devrait prochainement rendre public ses résultats.


Dans les faits, les enquêtes concernant ce type d’agression n’aboutissent quasiment jamais à l’identification des coupables et c’est précisément cette impunité qui contribue à propager les violences contre les journalistes.



Les journalistes trop souvent pris pour cible, par les autorités elles-mêmes


Au-delà des attaques commises par des individus ou groupes armés tels que les shebabs, les autorités somaliennes sont en effet elles-mêmes, sous différents prétextes, responsables d’atteintes à la liberté d’informer.


La télévision Universal TV est ainsi interdite de diffusion au Puntland depuis le 5 mars pour avoir soit-disant “diffuser de fausses informations”. Dans le centre du pays, Abdullah Warsame Roble (Radio Kulmiye / Galgaduud radio) a été arrêté le 31 mars 2017 pour avoir posté sur son compte Facebook des articles critiques de l'administration locale et se trouve depuis en détention. Tout comme AbdulMalik Muse Oldon, blogueur et journaliste indépendant, qui a été arrêté le 16 février dernier à l’aéroport d’Hargeisa au Somaliland, après avoir été accusé d’activités anti-nationales et de publication de fausses nouvelles incitant au trouble de l’ordre public.


“Nous demandons aux autorités somaliennes de tout faire pour rendre effectives les enquêtes en cours sur l’enlèvement d’Hanad Ali Guled, mais aussi sur l’ensemble des évènements graves qui ont visé des journalistes ces dernières semaines, déclare Reporters sans frontières. Nous appelons également les autorités compétentes à libérer les journalistes emprisonnés. Le rôle des gouvernants est de protéger les journalistes dans l’exercice de leurs fonctions et non d’en être les geôliers, un objectif qui passe aussi par la lutte contre l’impunité”.


L’Union nationale des journalistes somaliens dans le pays (NUSOJ) a également fait part de son inquiétude face à ces multiples agressions mais aussi à l’absence d’enquêtes tangibles de la part des agences de sécurité.


Rappelons que la Somalie est classée 167ème sur 180 pays au Classement 2016 de la liberté de la presse établi par RSF.