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4 juin 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Un an de présidence Sánchez Cerén : un an de déclin de la liberté de l’information


A l’occasion de l’anniversaire de la première année de mandat du président Salvador Sánchez Cerén, Reporters sans frontières (RSF) dénonce la restriction par les autorités de l'accès à l'information pour les journalistes. Entre les classements 2014 et 2015, le Salvador a chuté de sept points au rang mondial de la liberté de la presse.
Depuis son élection, le président Sánchez Cerén entretient des relations distantes avec les journalistes, se montrant notamment peu enclin à répondre à leurs questions. Il a même fait preuve d’hostilité à leur encontre, le 15 avril dernier, en accusant des médias ayant publié les statistiques de la violence du mois de mars de participer à une “campagne de terreur psychologique“ contre le gouvernement. Un comble pour un pays qui comptait, d’après la police, 481 homicides en mars, soit 16 par jour en moyenne, faisant de ce mois l’un des plus meurtriers de la décennie. Les acteurs de l’information font d’ailleurs aussi les frais de ce climat de violence généralisée. Depuis le 1er juin 2014, RSF recense trois assassinats de journalistes au Salvador, sans pouvoir établir, à ce stade, un lien direct avec leur profession. Certains journalistes qui enquêtent sur la corruption, les finances publiques et la violence ont fait l’objet de propos hostiles, d’accusations et de pressions de la part de fonctionnaires publics. Ainsi, début mai, le responsable de l’unité d’investigation financière du procureur de la République, Tovias Armando Menjivar, a ordonné au journal La Pagina de retirer un article sur l’enquête concernant l’ex-président Francisco Flores et de cesser de publier sur ce sujet sous peine de poursuites judiciaires. Quelques jours plus tard, le procureur assurait qu’il n’était en rien question de museler l’information. En juillet 2014, la division antidrogue de la police nationale (DAN) a interpellé, à San Salvador, Oscar Martinez du journal El Faro de retour d’un reportage affirmant suivre “des ordres venus d’en haut”. Les agents de la DAN l’ont interrogé sur l’identité de sa source et lui ont demandé s’il était l’auteur de reportages sur le crime organisé publiés par son journal. En novembre 2014, le journaliste Jorge Beltrán Luna de El Diario de Hoy était également interpellé par des agents de la DAN alors qu’il revenait d’un reportage à San Ignacio. Le président de l’Association des journalistes du Salvador (APES) s’alarme de la censure et craint sa généralisation. « Les autorités ont une responsabilité vis-à-vis des journalistes et des médias. Elles doivent montrer l’exemple en ayant une attitude respectueuse à l’égard de la presse, au risque, dans le cas contraire, d’encourager les abus contre les médias, déclare Claire San Filippo, responsable du bureau Amériques de RSF. Nous exhortons le gouvernement du président Salvador Sánchez Cerén à adopter une attitude plus ouverte vis-à-vis des médias et à faire cesser les pratiques de détournement de la loi d’accès à l’information publique de 2012.” Le principe 4 de la Déclaration de principes sur la liberté d’expression de la Commission interaméricaine des droits de l’Homme rappelle que “l’accès à l’information détenue par l’État est un droit fondamental de toute personne. Les États ont l’obligation de garantir le plein exercice de ce droit.” Trois ans après l’entrée en vigueur de la loi d’accès à l’information publique (LAIP), force est de constater que certains hauts fonctionnaires de l’Etat limitent la transparence pour restreindre la diffusion d’informations qui pourraient se révéler compromettantes ou problématiques pour eux. Plusieurs organisations salvadoriennes, comme le Grupo Promotor, dénoncent ce qu’elles considèrent comme des abus. Certaines données financières comme les coûts de la publicité de l’Etat ou le prix de voyages officiels sont classées comme confidentielles et leur accès interdit au public pour de longues durées. Et ce en dépit de l’article 10 de la LAIP (notamment aux alinéas 4, 11 et 13) qui spécifie que les données relatives aux dépenses publiques font parties des informations qui doivent être accessibles à la population salvadorienne. Le fait que le président lui-même détourne ces règles n’encourage pas les hauts fonctionnaires publics à changer leur mode opératoire dans la transmission des informations. Le Salvador est classé à la 45e position sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse publié par RSF en février 2015. (Logo AFP)