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3 avril 2012 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Un citoyen-journaliste bahreïni succombe à une blessure par balle


Reporters sans frontières a appris avec effroi la mort, le 31 mars 2012, de Ahmed Ismail Hussain, survenue suite à une blessure par balle qu’il avait reçue alors qu’il filmait une manifestation pacifique dans le village de Salmabad (sud-ouest de la capitale). Il était âgé de 22 ans.

“Nous condamnons fermement ce meurtre et nous appelons les autorités bahreïnies à mettre tous les moyens en œuvre pour trouver et juger les coupables. Malgré les engagements pris par les autorités auprès de la communauté internationale, le royaume du Bahreïn continue d’être le théâtre d’une répression sanglante, qui vise notamment les médias et les professions de l’image”, a déclaré Reporters sans frontières.

Le 31 mars 2012, vers une heure et demie du matin, le journaliste citoyen Ahmed Ismail Hussain a été touché par une balle à la hanche. Transféré à l’hôpital international, puis à l’hôpital de Salmaniya, il est décédé de ses blessures plus tard dans la nuit. Le ministère de l’Intérieur a confirmé sa mort et annoncé l’ouverture d’une enquête.

La manifestation que couvrait Ahmed Ismail avait débuté vers 11 heures du soir, dans le village de Salmabad. Des temoins oculaires ont rapporté que le jeune homme filmait les forces de l’ordre en train d’utiliser du gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc pour disperser les manifestants. D’après le Bahrain Center for Human Rights (BCHR), les voitures de police étaient suivies de deux véhicules civils à bord desquels les occupants tiraient à balles réelles sur les manifestants. D’autres sources rapportent que la voiture de laquelle ont été tirés les coups de feu qui ont coûté la vie à Ahmed Ismail ne serait arrivée qu’après le départ des forces de l’ordre.

Ahmed Ismail filmait régulièrement les manifestations, documentant les exactions de la police qui réprime d’une main de fer, depuis février 2011, toute forme de contestation contre le pouvoir en place.

La mort de Ahmed Ismail nous rappelle que les journalistes courrent encore de nombreux risques dans le pays. Deux professionnels de l’information, Karim Fakhrawi, membre du directoire et fondateur du journal Al-Wasat, et le blogueur Zakariya Rashid Hassan, avaient déjà trouvé la mort, en avril 2011, alors qu’ils étaient détenus par les services de sécurité. En 2011, le royaume du Bahreïn, notamment la Place de la Perle située au centre de la capitale, avait été classé par Reporters sans frontières parmi les dix endroits les plus dangereux pour les journalistes.

Le 14 février 2012, premier anniversaire du mouvement de protestation qui a ébranlé la monarchie régnante, Mazen Mahdi, photographe pour l’agence DPA, Muhammad Hamad, photographe de Reuters, ainsi que Simeon Kerr correspondant du Financial Times ont ainsi été visés par des tirs de gaz lacrymogène vers 17 heures, alors qu’ils couvraient l’assaut des forces de l’ordre contre le cortège de manifestants qui se dirigeait vers la Place de la Perle et portaient un gilet estampillé “Presse”. Mazen Mahdi a également été menacé par un officier qui lui a ordonné d’effacer ses photos de la charge des forces de l’ordre, sous peine de lui casser son appareil photo sur la tête. Le journaliste a porté plainte. Depuis cette date anniversaire, il témoigne avoir été la cible de plusieurs agressions de la part des policiers.