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20 juillet 2018

Un blogueur iranien en grève de la faim pour dénoncer son maintien en détention

Emprisonné depuis près de neuf ans, le blogueur Sakhi Righi observe une grève de la faim pour protester contre ses conditions de détention et le refus de l’administration pénitentiaire de lui faire bénéficier d’une libération conditionnelle. Reporters sans frontières (RSF) exprime sa plus vive inquiétude et rapelle l’Iran à ses obligations en matière de traitement des prisonniers.

Cela fait 26 jours maintenant que l’administrateur du blog Balochistan-s, Sakhi Righi, observe une grève de la faim pour protester contre son maintien en détention, alors que

légalement, il aurait pu bénéficier depuis longtemps d’une libération conditionnelle après avoir purgé un tiers de sa peine.


Non seulement, les autorités pénitentiaires refusent, sans raison valable, d’aménager sa peine comme la loi le prévoit, mais Sakhi Righi est également détenu dans des conditions scandaleuses dans la prison de Karon, dans la ville d’Ahvaz (sud de l’Iran). Il est privé de soin, bien que malade et souffrant d'hypothyroïdie. Depuis près de neuf ans de détention, il n’a bénéficié d’aucune journée de permission, contrairement à ce que prévoit la loi. Son transfert dans une prison située à 1600 kilomètres de sa région d’origine a de facto limité les visites de ses proches, qui n’a pas été en mesure de lui rendre visite depuis sept mois. Depuis une semaine, il lui est aussi  interdit d'appeler sa famille.


« Pour quelles raisons Sakhi Righi est-il maintenu en prison, alors que sa santé se dégrade et qu’il pourrait légalement bénéficier d’une libération conditionnelle ? s’interroge Reza Moini, responsable du bureau Iran/Afghanistan de Reporters sans frontières. Sa détention cruelle n’a que trop duré et nous sommes extrêmement inquiet pour sa santé. En vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques - auquel l’Iran a adhéré -, RSF rappelle par ailleurs que la privation de soins médicaux peut constituer une violation de l’interdiction de la torture et des traitements cruels, inhumains ou dégradants. »


Ses articles critiques sur la situation de sa région et les élections controversées de juin 2009 ont valu à Sakhi Righi d’être arrêté le 18 juin 2009 à Zahedan, sa ville natale, et d’être initialement condamné à 20 ans de prison ferme pour « publication de fausses informations » et « action contre la sécurité nationale ». Jamais un blogueur en Iran n’avait été condamné à une peine aussi lourde.


Sa condamnation a finalement été réduite à dix ans de prison, en application de l’article 134 du nouveau code pénal islamique, qui préconise qu’un accusé condamné pour plusieurs délits ou crimes ne purge que la peine principale. Au-delà des posts incriminés, le tort principal de Sakhi Righi est visiblement de porter le même nom de famille que le chef d’un groupe d’opposition armé iranien, Abdolmalek Righi, qui été exécuté par pendaison le 20 juin 2010. Les aveux retenus contre le blogueur lui avaient été extorqués sous la torture.


Avec 30 journalistes et journalistes-citoyens emprisonnés, l’Iran est l’une des cinq plus grandes prisons du monde. Ce pays est classé 164e sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse 2018 de Reporters sans frontières.