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26 septembre 2018 - Mis à jour le 28 septembre 2018

Un 5e animateur radio violemment agressé au Brésil

Reprodução / TV Jangadeiro/SBT
Suite à la grave agression contre le directeur de la Radio União FM dans le nord-est du Brésil, RSF dénonce une systématisation des attaques contre les radios locales du pays et appelle les autorités à réagir. Trois animateurs ont déjà été assassinés en 2018.

“Ça c’est pour que tu te taises et arrête de raconter des conneries à la radio”. Sandoval Braga Junior, le directeur de la Radio União FM, dans la municipalité de Jaguaruana, une petite ville de 30 000 habitants dans le nord-est du pays (État du Ceara) se souvient encore du message de ses agresseurs. Le 21 septembre dernier, deux hommes ont fait irruption dans les locaux de sa radio, l’ont pris en otage, plaqué au sol, lui ont hurlé cet avertissement, avant d’ouvrir le feu en visant ses jambes, puis de prendre la fuite. Le journaliste, qui a eu le tibia fracturé par une balle, a dû être opéré.


Sandoval Braga Junior qui est aussi directeur de l'Association des radios et télévisions de l’État du Ceara (ACERT) diffusait régulièrement sur les ondes de sa radio des reportages et des émissions critiques sur les activités des autorités locales et de la classe politique de la région. Il est le cinquième animateur radio ciblé par une attaque violente depuis le début de l’année. Si Sandoval Braga Junior est désormais hors de danger, trois autres animateurs, Marlon Carvalho, Jefferson Pureza et Jairo Sousa sont morts, tous abattus par balles. Tandis qu’un autre animateur radio, Hamilton Alves a miraculeusement échappé à une attaque armée dans l’Etat du Rondonia (nord du pays) en avril dernier.  


“Trois animateurs radios ont déjà été assassinés en 2018 au Brésil, et deux autres ont échappé de peu à la mort. Combien de journalistes abattus froidement ou violemment agressés faudra t-il avant que les autorités locales et fédérales prennent la mesure d’un phénomène intolérable dans une démocratie ? s’interroge Emmanuel Colombié, directeur du bureau Amérique latine de Reporters sans frontières. L’approche des élections générales dans le pays rend encore plus urgent l’implication des autorités, cette attaque contre Sandoval Braga Junior, comme les précédentes ne doivent pas rester impunies”.


Au Brésil, plus particulièrement dans les petites et moyennes villes de l’intérieur du pays, les radios locales jouent un rôle fondamental, étant des sources d’information privilégiées - parfois les seules- sur les actualités politiques et les activités des pouvoirs publics. Les journalistes qui animent des émissions populaires, souvent décrites comme “polémiques”,  sont régulièrement ciblés par ce type d’attaques, mais également par des menaces et des campagnes d’intimidations, dont le rythme s’intensifie généralement à l’approche des périodes électorales. Les brésiliens seront appelés à se rendre aux urnes dans le cadre d’élections générales les 7 et 28 octobre prochain.


Le Brésil se trouve à la 102è position dans le Classement mondiale de la liberté de presse 2018 établi par Reporters sans frontières.