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10 mai 2017 - Mis à jour le 1 juin 2017

Turquie : RSF demande la libération immédiate du photographe Mathias Depardon

Reporters sans frontières (RSF) condamne la détention “injustifiée” du photojournaliste français Mathias Depardon depuis trois jours en Turquie. L’organisation exige sa libération immédiate et inconditionnelle.

Mathias Depardon a été arrêté le 8 mai 2017 à Hasankeyf (province de Batman, dans le sud-est de la Turquie), au cours d’un reportage sur le Tigre et l’Euphrate pour le magazine National Geographic. Le photoreporter, âgé de 36 ans, est installé en Turquie depuis plusieurs années. Après plus de 30 heures de garde à vue au commissariat de Hasankeyf, le journaliste a été transféré à Gaziantep, vers un centre géré par la Direction nationale des affaires migratoires, liée au ministère de l’Intérieur.


La police de Hasankeyf soupçonne le journaliste de “faire la propagande d’une organisation terroriste”. Une accusation qui semble se fonder sur des photos de militantes du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK, interdit), publiées dans le passé par des médias français. Les policiers en auraient retrouvé la trace en examinant les comptes de Mathias Depardon sur les réseaux sociaux pendant sa garde à vue.


“L’arrestation de Mathias Depardon est un nouveau témoignage de la suspicion dont sont victimes de plus en plus de journalistes étrangers, déplore le représentant de RSF en Turquie, Erol Önderoğlu. Les accusations absurdes portées contre lui semblent uniquement destinées à justifier a posteriori son interpellation arbitraire. Nous demandons sa libération pure et simple, sans expulsion ni poursuites.”


Erol Önderoğlu a pu joindre Mathias Depardon au téléphone dans l’après-midi du 9 mai, avant son transfert à Gaziantep. “Le début a été tendu mais cela va mieux depuis que mon avocate s’occupe de l’affaire”, lui a-t-il dit. Il a précisé n’avoir fait l’objet d’aucun mauvais traitement.


L’avocate du journaliste, Emine Şeker, a annoncé à RSF le 10 mai qu’elle ferait appel dès que tomberait la décision de la Direction des affaires migratoires à Ankara. “On ne peut rien faire sans décision. Il se peut qu’ils décident de l’expulser, ou qu’ils le maintiennent en détention administrative à Gaziantep”, a-t-elle précisé. Emine Şeker cherche également à obtenir la restitution des deux appareils photos et des clichés confisqués à Mathias Depardon.


Plusieurs dizaines de journalistes étrangers ont été expulsés de Turquie depuis la reprise des affrontements entre l’armée turque et le PKK dans le sud-est du pays, en juillet 2015. En novembre 2016, le journaliste du site Les Jours, Olivier Bertrand, avait été arrêté au cours d’un reportage dans la province de Gaziantep et expulsé vers la France. En avril 2017, c’était au tour de son confrère italien, Gabriele Del Grande, de se faire interpeller dans la province d’Antioche, non loin de la frontière syrienne. Il avait été expulsé après trois semaines de détention.


La Turquie occupe la 155e place sur 180 au Classement mondial 2017 de la liberté de la presse de RSF.