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17 mai 2019

Trois journalistes népalais sanctionnés pour avoir diffusé des informations sur le Dalaï-lama : RSF dénonce une ingérence chinoise

La présidente du Népal, Bidya Devi Bhandari, était en visite officielle en Chine fin avril. (photo: Youtube/Sunaulo Nepal TV)
Reporters sans frontières (RSF) appelle le gouvernement népalais à abandonner les mesures de rétorsion prises à l’encontre de trois journalistes de l’agence de presse nationale RSS qui ont publié d’une dépêche évoquant l’état de santé du Dalaï-lama. L’organisation appelle le pays à résister aux pressions de l’ambassade de Chine à Katmandou.

Leur seul crime serait d’avoir osé “laisser circuler une information” relative au Dalaï-lama… Mardi 14 mai, les autorités népalaises ont révélé que trois journalistes du Rastriya Samachar Samiti (RSS), l'agence de presse nationale, faisait l'objet d'une “enquête”. Mohani Risal, Somnath Lamichhane et Javan Bhandari, qui travaillent pour le service anglophone de l’agence, ont été interrogés après qu’ils ont traduit et diffusé une dépêche sur le leader spirituel tibétain - et plus spécifiquement sur le fait qu’il a quitté l’hôpital de New Delhi où il était traité, pour retourner vers Dharamsala, la capitale de la communauté tibétaine en exil, en Inde du nord.


Le ministre de l’Information et de la communication du Népal, Gokul Baskota, qui a ordonné l’enquête, a justifié cette décision en ces termes : “La diffusion d’un article concernant le Dalaï Lama par l’agence de presse nationale - particulièrement pendant la visite d’Etat du président [népalais] en Chine - va à l’encontre de l’engagement du Népal en faveur de la ‘politique d’une seule Chine’”.


“Les journalistes de RSS n’ont fait que leur travail en rapportant une information d’intérêt public, déplore Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF. Il ne revient pas au gouvernement népalais de décider ce qui peut ou ne peut pas être publié - et encore moins aux représentants de la République populaire de Chine à Katmandou. RSF exige la suspension immédiate de cette enquête et dénonce une ingérence insupportable qui porte atteinte à l’indépendance des journalistes du Népal.”


Sous couvert d’anonymat, un journaliste de RSS a déclaré au Kathmandu Post  qu’un représentant de l’agence officielle chinoise Xinhua a rendu une visite opportune au directeur de RSS, lequel aurait ensuite formé un comité chargé de décider des actions à entreprendre contre les trois reporters. Ces derniers ont affirmé avoir rédigé cette dépêche dans le seul but d’informer, et non par intention politique.


En 2018, le Népal a adopté un nouveau code pénal faisant peser de lourdes menaces sur la liberté de la presse, ainsi qu’une “rhétorique anti-médias” lancée par les représentants du pouvoir et largement relayée par les journaux, les radios et les chaînes de télévision appartenant au gouvernement, muselant les médias dans le pays depuis bientôt un an.


Le Népal se situe à la 106ème place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi en 2019 par RSF.