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23 septembre 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

Trois journalistes interpellés, un journaliste d’investigation dans le collimateur des autorités


Trois journalistes ont été arrêtés par la police après s’être entretenus avec un groupe de jeunes manifestants dans la capitale Luanda, le 20 septembre 2013. Reporters sans frontières s’inquiète des intimidations répétées à l’encontre des journalistes d’investigation par les autorités angolaises. Alexandre Solombe Neto, président de l'Institut des médias de l'Afrique australe en Angola (Media institute of Southern Africa – MISA) et vice-président du Syndicat des journalistes angolais (Sindicato dos journalistas Angolanos – SJA), Coque Mukuta, correspondant de la Voix de l'Amérique (Voice of America - VoA) ainsi que Rafael Marques de Morais, journaliste d’investigation et activiste anti-corruption, ont été détenus pendant cinq heures, interrogés et malmenés par la police avant d’être relâchés sur décision du tribunal. Ni la police, ni la justice n’ont donné d’explications sur l’arrestation et la détention des trois journalistes. "L'arrestation de ces trois journalistes alors qu'ils ne faisaient que leur devoir professionnel est inacceptable. Le harcèlement visant particulièrement Rafael Marques de Morais, qui doit cesser immédiatement, trahit la peur du gouvernement angolais face aux révélations du journaliste. Nous nous joignons sans réserve aux protestations des organisations internationales de défense des droits de l'Homme et appelons le gouvernement à respecter le travail des journalistes d'investigation dont le travail sert à informer le peuple angolais", a déclaré Reporters sans frontières. Selon le témoignage de Rafael Marques de Morais, les trois journalistes discutaient avec des jeunes manifestants du Mouvement révolutionnaire angolais qui venaient d'être libérés après leur arrestation, le 19 septembre, pour avoir protesté contre les injustices sociales et l'autoritarisme du président José Eduardo dos Santos. Le mouvement, composé principalement d'étudiants et de jeunes professionnels, appelle le président à céder le pouvoir et manifeste contre les évictions forcées, la destruction des logements et la violence policière. Récemment réélu pour un mandat de cinq ans, le président Dos Santos est au pouvoir depuis 34 ans. L'arrestation de Rafael Marques de Morais est l'exemple le plus récent du harcèlement continuel des autorités qui veulent le faire taire. Connu notamment pour son blog activiste et son livre publié en 2011 : "Diamantes de Sangue: Corrupção e Tortura em Angola" ("Diamants de sang : Corruption et torture en Angola"), le journaliste fait aujourd'hui face à onze plaintes en diffamation de la part des autorités militaires, gouvernementales et de grandes entreprises angolaises pour avoir révélé dans son livre les atrocités commises par les chefs de l'industrie diamantaire angolaise. La diffamation reste un délit en Angola et, selon la loi de 2006, les journalistes qui critiquent le gouvernement risquent des représailles sérieuses. Les autorités exploitent régulièrement cette législation afin de museler les journalistes qui révèlent les pratiques de corruption dans le secteur public ou privé. L'Angola occupe la 130e place sur 179 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse 2013, établi par Reporters sans frontières. Photo : Journaliste d'investigation, Rafael Marques de Morais