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5 mai 2020

Somalie : un journaliste poignardé à mort

Somalia Latest News
Reporters sans frontières (RSF) demande une enquête sérieuse et approfondie pour éclaircir les circonstances de la mort d’un journaliste poignardé en pleine rue dans la capitale somalienne. Les premiers éléments récoltés laissent à penser qu’il s’agit d’un acte prémédité.

Said Yusuf Ali, reporter pour la chaîne privée Kalsan TV, a très vraisemblablement été victime d’un assassinat ciblé lundi soir, 4 mai, à Mogadiscio, capitale de la Somalie. Le journaliste se trouvait dans la rue lorsqu’il a reçu quatre coups de couteau après s’être interposé entre un homme et une femme qui semblaient se disputer. L’homme a immédiatement été interpellé par des passants puis remis à la police. Selon le syndicat national des journalistes somaliens (Nusoj), la police qui a commencé à interroger le suspect estime qu’il s’agit d’un “acte prémédité” dont le journaliste était bien la cible. La femme qui aurait servi à attirer son attention a pris la fuite et est toujours activement recherchée.


Selon les informations récoltées par RSF auprès de proches et de sources locales, le journaliste avait récemment diffusé un reportage sur l’assassinat d’un professeur d’une école islamique par de présumés militants d’Al Shabab. Il avait également couvert les récentes défaites militaires enregistrées par le groupe terroriste. 


“Les premières informations indiquent que le journaliste a été piégé et délibérément ciblé, déclare Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF. Il est impératif que les autorités somaliennes mettent tout en oeuvre pour appréhender tous les suspects à l’origine de cet assassinat et pour établir quel en était le mobile précis. Les journalistes somaliens ont trop longtemps été tués dans l’indifférence et l’impunité la plus totale. Seules des enquêtes sérieuses et des mesures fortes pour renforcer leur protection permettront d’obtenir des résultats à même d’améliorer durablement la liberté de la presse dans le pays.”


RSF plaide depuis plusieurs mois pour la mise en place d’un mécanisme national dédié à la protection et à la sécurité des journalistes dont la première étape consiste à établir un réseau de points focaux parmi les administrations et ministères concernés par la liberté de la presse. 


Il s’agit du deuxième journaliste somalien assassiné en 2019 après Abdulwali Ali Hassan dit “Online”, reporter pour Kulmiye Radio, un média basé à Mogadiscio, et Universal TV, une chaîne installée à Londres. Ce dernier avait été abattu de plusieurs balles en février dernier, peu de temps après avoir lui aussi couvert des opérations armées menées contre les shebabs dans le sud de la Somalie. 


Cinquante et un journalistes ont été tués au cours des dix dernières années en Somalie, soit près de la moitié des 103 journalistes qui ont perdu la vie dans l’exercice de leur fonction au cours de la même période en Afrique subsaharienne. 


La Somalie occupe désormais la 163e position sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse 2020 récemment publié par RSF.