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28 février 2017

Shawkan n’a pas sa place dans un procès politique de masse

© KHALED DESOUKI / AFP
Reporters sans frontières (RSF) réitère son appel aux autorités égyptiennes à libérer immédiatement Mahmoud Abou Zeid, alias Shawkan, photojournaliste détenu arbitrairement depuis plus de trois ans, poursuivi entre autres pour homicide dans un procès politique de masse.

Le 7 février dernier, la Cour criminelle du Caire avait accepté que le photojournaliste de 29 ans, qui souffre d’hépatite C, soit examiné par un médecin légiste. Depuis, le rapport de cet examen n’a pas été remis au tribunal afin que celui-ci statue sur son éventuelle libération lors de la dernière audience le 25 février dernier.


RSF demande à la justice égyptienne de libérer Shawkan au plus vite pour raisons médicales, déclare Alexandra El Khazen, responsable du bureau Moyen-Orient de l’organisation. Sa santé s’est nettement détériorée depuis août 2013, Shawkan n’a pas sa place dans ce procès politique de masse. Il n’a commis aucun crime et n’a fait qu’exercer sa mission d’information en couvrant en 2013 la dispersion d’un rassemblement”.


Durant l’audience, une majorité d’accusés se sont agités, notamment en scandant “Assassin Assassin” à la vue d’un témoin, officier de l’armée considéré comme le responsable de la dispersion sanglante des manifestations de l’époque. Les avocats des accusés ont également protesté contre le refus du juge Hassan Farid de visionner des vidéos en pleine audience. Le juge a estimé que ces agitations constituaient une violation du système judiciaire et condamné tous les accusés, à l’exception d’une dizaine dont Shawkan, à un an de prison et des travaux forcés. Leurs avocats devront quant à eux se présenter devant une cour disciplinaire. Le procès a été reporté au 21 mars prochain.


Le même jour était attendu le verdict dans le procès en appel du syndicat des journalistes égyptiens. Il a été reporté au 25 mars. Pour rappel, trois figures principales du syndicat ont été condamnées le 19 novembre 2016, à deux ans de prison en première instance pour avoir abrité deux journalistes recherchés par la justice.


En Egypte, l’étau se resserre contre les journalistes qui ne suivent pas fidèlement la ligne officielle du pouvoir en place. L’adoption de la loi sur la régulation des médias fin décembre 2016 fait craindre un contrôle accru du pouvoir exécutif sur les organes de la presse et des médias. Elle prévoit la création d’un “Conseil suprême pour l’administration des médias” et deux autres instances dont les dirigeants seront nommés par le chef de l’Etat. Ce conseil sera responsable de la régulation du travail des médias et devra veiller à ce qu’ils ne compromettent pas la sécurité nationale. Une seconde loi est en discussion au Parlement. Elle porte sur l’exercice de la profession, les relations entre information et sécurité et le secret des sources.


Avec au moins 26 journalistes en prison, le pays est l’une des plus grandes prisons pour les reporters et figure à la 159e place (sur 180) du Classement 2016 de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.