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4 janvier 2019 - Mis à jour le 5 janvier 2019

Serbie : les autorités ont le devoir de protéger les journalistes victimes de violences

Manifestations contre la politique du président serbe Aleksandar Vučić à Belgrade le 29 décembre 2018 © OLIVER BUNIC / AFP
Plusieurs journalistes serbes ont été récemment agressés et menacés, confirmant ainsi la dégradation de la liberté de la presse dans le pays. Reporters sans frontières (RSF) exhorte les autorités à ne pas prendre ces incidents à la légère et à mieux protéger les journalistes.

Alors que le journaliste d'investigation serbe Milan Jovanovic avait dû être hébergé dans un appartement, après une attaque aux cocktails molotov et l’incendie volontaire de sa maison, le 12 décembre dernier près de Belgrade, des individus ont tenté de pénétrer par effraction chez lui dans la nuit du 30 décembre. Au moment de l’effraction, Milan Jovanovic ne bénéficiait d’aucune protection policière malgré ses demandes. Auteur d’enquêtes sur des affaires de corruption qui impliquent des responsables politiques locaux, le journaliste a déclaré craindre pour sa sécurité. Réagissant aux propos du journaliste, le président serbe Aleksandar Vučić a déclaré qu’il s’agissait d’un “simple cambriolage”.


“RSF dénonce avec la plus grande fermeté les déclarations du président serbe qui minimise les menaces à l’encontre des journalistes, déclare RSF. Ces violences ne sauraient être prises à la légère. L’Etat doit prendre ses responsabilités et protéger tous les journalistes qui sont victimes de pressions en raison de leurs enquêtes et de leur travail d’information.”


De son côté, l’association des journalistes indépendants de Voïvodine (NDNV) a vivement réagi aux déclarations du président serbe, les qualifiant de “très dangereuses” en ce qu’elles relativisent “la vulnérabilité évidente du journaliste Jovanovic” et qu’il est impensable que “les futures attaques contre des journalistes et autres personnes qui dérangent ce régime soient relativisées de cette manière”.


Fin décembre, la journaliste d’investigation Tatjana Vojtehovski, très active sur Twitter où elle interpelle régulièrement Aleksandar Vučić et soutient les manifestations, a été l’objet ainsi que sa fille de menaces de mort et de viol sur le réseau social. Cette journaliste de renom avait déjà été victime d’un déferlement de haine quelques mois plus tôt après avoir diffusé un reportage sur de supposées malversations financières dans une usine de Lucani en Serbie. Malgré l’interpellation d’un individu pour ces faits et l’émission d’un second mandat d’arrêt, elle continue de recevoir quotidiennement des menaces.


Lors d’une interview le 30 décembre sur la chaîne de télévision N1, le président Aleksandar Vučić et une équipe de journalistes ont eu un échange musclé à propos des récentes attaques à l’encontre des journalistes et de l’atmosphère qui règne actuellement dans les médias serbes. Tout en continuant de minimiser les récents événements, le président serbe a déclaré lutter contre l’impunité tout en affirmant que les auteurs des violences à l’encontre des journalistes critiques du gouvernement avaient été arrêtés.


Ces attaques interviennent dans un climat de rhétorique anti-médias alimenté au plus haut niveau de l’Etat, alors que le pays traverse une crise politique et sociale profonde. La situation de la liberté de la presse et le climat de travail dans lequel travaillent les journalistes se détériorent de jour après jour en Serbie, qui accuse un net recul (76e, -10) au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF.