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10 juillet 2019

Russie : une journaliste classée “terroriste” pour une chronique

Le nom de la journaliste Svetlana Prokopieva a été ajouté sans autre forme de procès à la liste officielle russe des “terroristes et extrémistes”. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une mesure arbitraire, appelle les autorités à abandonner toute poursuite à son encontre et s’inquiète du recours croissant aux lois antiterroristes contre les journalistes critiques en Russie.

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Svetlana Prokopieva est innocente !SIGNEZ LA PETITIONSoupçonnée “d’apologie du terrorisme” pour une chronique radiophonique, Svetlana Prokopieva n’est même pas encore mise en examen, mais son nom figure déjà sur la liste officielle des “extrémistes et terroristes”. C’est ce qu’a constaté la journaliste de Pskov (Nord-Ouest) le 4 juillet, en apprenant que ses comptes bancaires avaient été bloqués et que son passeport allait lui être confisqué. En février dernier, les forces de l’ordre avaient déjà perquisitionné son domicile et l’antenne locale de la radio indépendante Ekho Moskvy, pour laquelle elle travaille. Bien connue dans la région, l’ancienne rédactrice en chef de Pskovskaïa Goubernia collabore aussi avec le média américain Radio Svoboda.

Svetlana Prokopieva est soupçonnée “d’apologie du terrorisme” pour une chronique diffusée le 7 novembre 2018 au sujet d’un attentat-suicide survenu une semaine plus tôt. La journaliste tentait de comprendre comment un jeune anarchiste de dix-sept ans avait pu en arriver à se faire exploser devant le siège du FSB (services secrets) à Arkhangelsk, au bord de la Mer Blanche. Sans jamais approuver cet acte, elle y voyait le résultat d’une répression d’Etat qui, en rendant impossible l’activisme politique, avait engendré un citoyen “incapable de trouver un autre mode de communication”. Ekho Moskvy et le site d’information Pskovskaïa Lenta Novosteï, qui avait publié un script de la chronique, l’ont supprimée après avoir été condamnés à de fortes amendes.


“Mettre en cause Svetlana Prokopieva était déjà absurde, mais la qualifier de terroriste sans que la justice ait tranché est profondément injuste, dénonce Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale de RSF. Nous appelons les autorités à classer cette affaire sans suite et à retirer immédiatement le nom de la journaliste de leur liste noire. Le champ de la loi antiterroriste doit absolument être restreint pour protéger la liberté d’expression et éviter de tels crimes d’opinion.”

L’enquête ouverte contre Svetlana Prokopieva illustre l’usage de plus en plus fréquent de la législation antiterroriste pour faire taire les journalistes critiques en Russie. Alors que les autorités s’efforcent dernièrement de contenir la hausse exponentielle du nombre de condamnations pour “extrémisme”, une formulation plus large de la loi sur “l’incitation, la justification ou la propagande du terrorisme” (article 205.2 du code pénal) s’est accompagnée d’une multiplication des procédures depuis son entrée en vigueur en avril 2018. Elle prévoit jusqu’à sept ans de prison ferme. Accusé de propagande terroriste pour avoir republié le discours d’un opposant, le journaliste Victor Korb a annoncé le 1er mars qu’il avait quitté le pays.

Le placement sur la “liste des terroristes et extrémistes” sans décision de justice est habituel en Russie. Plusieurs journalistes en ont fait les frais ces dernières années, notamment en Crimée après son annexion en 2014. La Russie occupe la 148e place sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse 2018, publié par RSF.