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24 avril 2020 - Mis à jour le 26 juin 2020

Russie : RSF dénonce l’ingérence éditoriale au sein d’un grand quotidien économique

Capture d'écran Vedomosti.ru
La rédaction de Vedomosti subit des pressions répétées pour changer la ligne éditoriale du journal d’affaires depuis son rachat en mars dernier. Reporters sans frontières (RSF) s’inquiète de cette ingérence, une étape supplémentaire dans la prise de contrôle des médias russes par des proches du pouvoir.

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Illustration de la situation ubuesque de Vedomosti : à la demande de son nouveau rédacteur en chef par intérim, Andreï Chmarov, le quotidien économique ne publiera plus de sondages du centre Levada, un institut russe indépendant qui a récemment révélé la chute de popularité du président Vladimir Poutine. Mieux, le nom de l’organisme ne devra plus être cité dans Vedomosti.  


“L’ingérence dans la ligne éditoriale de Vedomosti est un nouveau coup porté au journalisme indépendant en Russie, déjà observé lors du rachat de Kommersant, déplore la responsable du bureau Europe de l’est et Asie centrale de RSF, Jeanne Cavelier. Nous dénonçons les pressions exercées sur la rédaction de Vedomosti et leur exprimons tout notre soutien.”


Depuis sa création en 1999, Vedomosti s’est imposé comme un titre de référence dans le monde des affaires russes. Des articles étaient publiés en partenariat avec le Financial Times et le Wall Street Journal, dont les propriétaires respectifs, Pearson et Dow Jones étaient actionnaires jusqu’à l’adoption en 2015 de la loi interdisant la possession de plus de 20 % des parts d’un média russe par des étrangers.


Les interférences dans la ligne éditoriale de Vedomosti se sont multipliées depuis la vente en mars du journal à Alexeï Goloubovitch, homme d’affaires et ex-magnat du pétrole, et à Konstantin Zyatkov, directeur d’un tabloïd et ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire Argumenty i Fakty. Dans la nuit du 12 au 13 avril, le nouveau rédacteur en chef par intérim Andreï Chmarov a supprimé un article critique sur la gestion de la société pétrolière d’Etat, Rosneft, par son PDG Igor Setchine. Le 30 mars, il a modifié le titre à connotation négative d’un reportage sur cette même société. 


La semaine précédente, lors de la première réunion d’équipe, ce même rédacteur en chef a reconnu ne pas lire le quotidien, ne pas connaître le code de déontologie de Vedomosti – un modèle dans le journalisme russe – et a affirmé qu’il ne s’opposerait pas à l’ingérence des actionnaires dans le travail des journalistes. Ces déclarations d’Andreï Chmarov ont déclenché une vague de démissions au sein de la rédaction (Maria Jeleznova, Ivan Safronov, Sergeï Paranko, Alina Didkovskaïa et Maxim Tovkaïlo). Elles ont également provoqué un choc chez les annonceurs. Des abonnés ont demandé à être remboursés. Dans un éditorial du 23 avril, la rédaction a réitéré sa volonté de défendre l’indépendance du média.


La Russie occupe la 149e place au Classement mondial de la liberté de la presse 2020, établi par RSF.