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9 mai 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

RSF s’indigne des aveux forcés de la journaliste chinoise Gao Yu


Les autorités ont annoncé le 8 mai 2014 que la journaliste Gao Yu, dont on était sans nouvelles depuis le 23 avril 2014, avait été “placée sous mandat de dépôt criminel, soupçonnée d’avoir transmis des secrets d’Etat à des sources en dehors de la Chine”. Ses “aveux” filmés ont été diffusés sur la chaîne étatique China Central Television. Elle déclare avoir “commis une grosse erreur” et “admet” sa “culpabilité”. D’après l’agence de presse étatique Xinhua News, Gao Yu est détenue depuis le 24 avril pour avoir envoyé en juin 2013 une copie d’un document “hautement confidentiel” à un organisme étranger. La police aurait également saisi des “preuves substantielles” au domicile de la journaliste. Si le document divulgué venait à être considéré comme un “secret d’Etat”, Gao Yu risquerait une peine allant jusqu’à 10 ans d’emprisonnement. “La mise en scène des aveux de Gao Yu est scandaleuse. Les autorités chinoises, qui bafouent au quotidien la liberté d’information, tentent de faire un exemple en ciblant cette journaliste connue”, déclare Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières. “Nous exigeons que Gao Yu soit relâchée immédiatement et que les charges qui pèsent contre elle soient levées. L’obtention d’aveux sous la menace ou la pression, et la mise en scène de ceux-ci à la télévision étatique constituent une violation grave des droits fondamentaux. Les autorités doivent cesser leur politique de persécution et d’acharnement à l’encontre de ceux qui ne font que réaliser leur travail d’information des citoyens chinois”, ajoute-t-il. Gao Yu a récemment publié sur la version chinoise du site Deutsche Welle des articles sur un communiqué interne du Parti communiste, le “Document No. 9”. Ce document, également appelé “Concernant la situation dans la sphère idéologique”, met en garde contre sept valeurs occidentales jugées dangereuses par le parti communiste : la démocratie constitutionnelle occidentale, les valeurs universelles des droits de l’homme, la conception occidentale de l’indépendance des médias et de la société civile, le néo-libéralisme de marché, et les critiques “nihilistes” des erreurs passées du parti. Gao Yu, journaliste reconnue et récompensée par plusieurs prix internationaux dont le prix Guillermo Cano de l’UNESCO en 1997, avait déjà été condamnée en 1993 à six ans de prison pour divulgation de “secrets d’Etat”. A l’approche de la commémoration des 25 ans du massacre de Tian’anmen, les arrestations de dissidents et opérations de censure se multiplient chaque année par les autorités. Le 6 mai dernier, l’avocat Pu Zhiqiang, célèbre pour avoir défendu l’artiste dissident Ai Weiwei et des membres du Mouvement des nouveaux citoyens, a été arrêté pour avoir “causé des troubles”. La Chine se situe à la 175e place sur 180 pays dans le classement mondial de la liberté de la presse 2014 établi par Reporters sans frontières.