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5 octobre 2016

RSF s’alarme de la disparition programmée du pluralisme en Turquie

Equipe de la télévision kurde IMC TV avant le raid de la police. Crédit: AFP
Reporters sans frontières (RSF) dénonce vigoureusement la fermeture manu militari de médias d’opposition de référence, le 4 octobre 2016. L’organisation s’inquiète de la disparition programmée du pluralisme en Turquie.

Les programmes de plusieurs médias d’opposition dont les chaînes IMC TV, Hayatin Sesi et la station Özgür Radyo, ont été interrompus en direct, le 4 octobre, par des policiers venus mettre sous scellés leurs locaux d’Istanbul. Ces opérations font suite à la décision du Haut conseil de l’audiovisuel (RTÜK), le 30 septembre, d’annuler les licences d’au moins douze chaînes de télévision et onze radios. La liquidation de ces médias, soupçonnés de “complicité avec des organisations terroristes” et de constituer un “danger pour la sécurité nationale”, a été ordonnée sur le fondement du décret n°668, instaurant l’état d’urgence après l’échec du coup d’Etat du 15 juillet. Elle intervient au lendemain d’une réunion du Conseil national de sécurité, regroupant le gouvernement et les forces de sécurité.


L’ensemble de ces médias, de gauche ou s’adressant aux communautés kurde ou alévie, ont d’ores et déjà été fermés ou placés sous scellés par la police. Ils ont été exclus du satellite national Türksat et leurs sites internet bloqués. Ces titres s’ajoutent à la longue liste des médias liquidés par décret depuis l’entrée en vigueur de l’état d’urgence, le 20 juillet.


“La liquidation de médias entiers, de façon massive et sans procès équitable, est injustifiable dans un Etat de droit. Elle signe la fin du pluralisme dans le paysage audiovisuel turc, dénonce Johann Bihr, responsable du bureau Europe de l’est et Asie centrale de RSF. Il est glaçant de constater que la prise d’assaut de rédactions par la police est devenue une scène habituelle en Turquie. S’il n’est pas amendé sans délai, l’état d’urgence va finir par écraser la liberté de la presse aussi sûrement que l’aurait fait un coup d’Etat militaire réussi.”


L’intervention au siège de la radio stambouliote Özgür Radyo a été particulièrement violente: les policiers ont brisé la porte et sept collaborateurs de la station ont été interpellés, de même que d’autres journalistes présents pour observer les événements. Ils ont été remis en liberté le lendemain. IMC TV avait déjà été exclue du satellite Türksat le 20 février dernier dans le cadre d’une enquête judiciaire pour “propagande d’une organisation terroriste”. Au prix d’une perte d’audience significative, cette chaîne critique créée en 2011 avait continué d’émettre depuis le satellite Hotbird et sur Internet.


Les associations et syndicats de journalistes se sont massivement mobilisés contre la fermeture des médias, observant les opérations policières, tenant des conférences de presse et manifestant à Istanbul comme à Diyarbakir, dans le sud-est à majorité kurde. Les messages de soutien aux médias fermés ont afflué sur les réseaux sociaux, autour de slogans tels que #HalkınHaberAlmaHakkınaDokunma (Ne touchez pas à mon droit à l’information), #SesimiKesme (Ne coupe pas ma voix) ou encore #HayatinSesiSusturulamaz (Hayatin Sesi ne peut être bâilonnée).


RSF a documenté les violations massives de la liberté de la presse perpétrées dans le cadre de l’état d’urgence dans un rapport publié le 19 septembre. La Turquie occupe la 151e place sur 180 au Classement mondial 2016 de la liberté de la presse, établi par l’organisation.