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27 octobre 2021

RSF : « Nous demandons avec courtoisie à l’ambassadeur de Chine à Paris de mettre fin à ses diatribes excitées contre les journalistes »

PHOTO : FRANCE 2
L’ambassadeur de Chine à Paris, Lu Shaye, s’en prend encore une fois à des journalistes français qu’il accuse de « mentir » à propos de son pays. Reporters sans frontières (RSF) rappelle qu’un diplomate n’a pas à donner de leçons de journalisme, surtout quand il représente l’un des pires régimes du monde en matière de liberté de la presse.

Dans un communiqué au ton vengeur publié lundi 25 octobre 2021, l'ambassadeur de Chine à Paris, Lu Shaye, un multirécidiviste tristement célèbre pour ses diatribes contre les médias, s’en prend encore aux journalistes français. Cette fois, il attaque le correspondant Asie du Figaro, Sébastien Falletti, qui dans un article « bouffi de mensonges et de divagations » publié le 19 octobre aurait « tordu le cou à la réalité » et se serait montré « complaisant » à l’égard du gouvernement taïwanais. L’ambassadeur égratigne aussi le correspondant du Monde à Pékin, Frédéric Lemaître, sous-entendant que les écrits de ce dernier seraient le plus souvent composés d’affabulations, et enjoint sans vergogne la presse française dans son ensemble à « observer scrupuleusement la déontologie » et à « respecter les faits »


« L’ambassadeur de Chine à Paris, qui représente un des pires régimes du monde en matière de liberté de la presse, est extrêmement mal placé pour donner des leçons de journalisme, rappelle Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. « Nous demandons avec toute la courtoisie requise à l’ambassadeur de Chine de mettre définitivement un terme à ses diatribes excitées contre les médias d’information. Si Lu Shaye trouve la presse française trop indépendante à son goût, il est libre de demander sa mutation dans un pays autoritaire, comme la Corée du Nord par exemple, où il sera moins dépaysé puisque seule la propagande du régime a droit de cité. »


En mars 2020, Lu Shaye avait déjà accusé les journalistes français de s’être « moqués de la Chine » et d’avoir proféré des « mensonges » sur le rôle de son pays dans la pandémie de Covid-19. Dans son précédent poste au Canada, l’ambassadeur avait aussi fait parler de lui, n’hésitant pas à accuser le gouvernement de « se prosterner devant les journalistes préoccupés par les droits humains. » L’attitude agressive des ambassadeurs chinois vis-à-vis des journalistes participe d’une politique concertée au plus haut niveau du régime pour influencer l’information hors de ses frontières, comme RSF l’a montré un rapport d’enquête intitulé « Le nouvel ordre mondial des médias selon la Chine » publié en 2019.


Début octobre, le rédacteur en chef du média officiel chinois Global Times, Hu Xijin, s’en était pour sa part violemment pris à RSF, accusant l'association de « construire une alliance de mensonges » pour nuire à la Chine et la comparant à un « chien sauvage » qui ferait mieux de se méfier du « bâton » de la Chine.


La Chine se situe au 177e rang sur 180 dans le Classement mondial RSF de la liberté de la presse 2021, seulement deux rangs au-dessus de la Corée du Nord, et détient au moins 122 journalistes et défenseurs de la liberté de la presse dans ses geôles.