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30 juin 2020

RSF : “Ne laissons pas Pékin étouffer la liberté de la presse à Hong Kong"

PHOTO: ANTHONY WALLACE / AFP
Le secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), Christophe Deloire, appelle les démocraties à agir pour empêcher Pékin d’imposer à Hong Kong une loi de sécurité nationale qui servira de prétexte à la répression des journalistes.

Le 1er juillet marque le 23e anniversaire de la rétrocession de Hong Kong à la Chine, dans un contexte d’immense inquiétude pour l’avenir des libertés dans l’ancienne colonie britannique. Le régime de Pékin tente d’imposer une loi de sécurité nationale qui lui permettra d’intervenir dans le territoire, au mépris des engagements de la Chine, pour réprimer avec une apparence de légalité tout ce qu’il considérera comme relevant du « terrorisme », de la « sécession », de la « sédition » et de l’« interférence étrangère ». Autrement dit, en réalité, toute pensée ou action qui ne consiste pas à appliquer les décisions du Parti communiste chinois.


Si ce projet aboutit, il portera non seulement un coup fatal à la liberté de la presse à Hong Kong, mais représentera aussi une avancée décisive dans l’avènement du « nouvel ordre mondial des médias » auquel aspire le régime chinois. Autrefois bastion de la liberté de la presse en Asie, Hong Kong a connu, depuis son retour à la Chine, un recul dramatique, passant du 18e rang à la création du Classement mondial RSF de la liberté de la presse en 2002 à la 80e place cette année, tandis que la République populaire de Chine stagne pour sa part au 177e rang sur 180 pays et territoires évalués. Dans l’ombre, Pékin a mis la main sur une grande partie des médias, soit en entrant dans leur capital soit en faisant pression sur les annonceurs qui les financent. 


Depuis le mouvement pro démocratique des « parapluies », en 2014, les exactions contre la presse se multiplient, dont plusieurs attaques à l’arme blanche perpétrées par des factions pro-Pékin et des violences répétées émanant des forces de l’ordre durant les manifestations anti gouvernement. En dépit de déclarations lénifiantes, la cheffe de l’exécutif hongkongais, Carrie Lam, a montré clairement qu’elle faisait passer les intérêts de Pékin avant le respect de la liberté de la presse, bien que cette dernière figure en toutes lettres dans la Loi fondamentale, la mini-constitution qui régit Hong Kong.


L’inquiétude des Hongkongais est légitime et nous nous devons de porter assistance à leur combat en faveur de la démocratie et d’une délibération publique libre. En 2003, un demi-million d’entre eux s’étaient mobilisés pour empêcher l’exécutif d’adopter un projet de projet de loi de sécurité nationale. En juillet dernier, ils étaient deux millions, soit la moitié de la population active, à descendre dans la rue pour rejeter un projet de loi qui aurait permis les extraditions en Chine. Selon un sondage récent, l’immense majorité des journalistes hongkongais (98%) craint que la future loi de sécurité nationale ne soit utilisée à leur encontre comme c’est le cas dans le reste du pays, où les « crimes contre la sécurité nationale » sont passibles de la peine de mort et servent de prétexte à la détention d’une grande majorité des quelque 114 journalistes emprisonnés.


Si la loi de sécurité nationale entre en vigueur, les violations massives et systématiques de la liberté de la presse en Chine pourront librement s’appliquer à la région administrative spéciale de Hong Kong, jusque là relativement épargnée. Tous les Chinois en pâtiront : le niveau de liberté acquis dans l’ancienne colonie britannique représente le maximum auquel peut raisonnablement espérer le peuple chinois et tout recul de la liberté de la presse à Hong Kong douche donc un peu plus les espoirs d’améliorations dans le reste du pays.


Le statut qui prévoit un « haut degré d'autonomie » de Hong Kong jusqu’en 2047, en vertu du principe « un pays, deux systèmes », est garanti par la déclaration commune sino-britannique enregistrée à l’ONU et juridiquement contraignante. Abandonner Hong Kong mettrait non seulement en danger le système qui a permis à la place financière internationale de prospérer depuis de nombreuses années mais donnerait aussi un chèque en blanc à Pékin pour cesser de respecter ses autres engagements et poursuivre dans le monde l’expansion de ses pratiques autoritaires et répressives.


Hong Kong est plus qu’un symbole qu’il est crucial de préserver. C’est un territoire et une population dont la liberté compte pour l’avenir des droits humains partout dans le monde. Quoi qu’il leur en coûte à court terme, les démocraties doivent faire respecter les principes du droit international en matière de liberté d’opinion et d’expression. On ne gagne jamais en subissant, et laissant piétiner les engagements et le droit. L’histoire est fertile en exemples de faiblesses sur les principes qui se transforment en tragédies.


Ne laissons pas Pékin étouffer la liberté de la presse à Hong Kong.


Christophe Deloire
Secrétaire général, Reporters sans frontières (RSF)


Cet appel a été publié dans le quotidien hongkongais Apple Daily