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1 mars 2013 - Mis à jour le 20 janvier 2016

RSF lance sa campagne Sotchi 2014


Un an avant l’ouverture des Jeux olympiques d’hiver à Sotchi en 2014, des militants de Reporters sans frontières se sont rassemblés, le 1er mars 2013, devant les grilles de l’ambassade de Russie à Paris. Ils ont déployé une banderole géante de 70 mètres de long, détournant le logo des anneaux olympiques en un poing américain ensanglanté, rappel de l’impunité dont bénéficient toujours de trop nombreux assassins et agresseurs de journalistes dans ce pays. Cet événement marque le début d’une campagne internationale qui se tiendra jusqu’à l’ouverture des Jeux olympiques, le 7 février 2014.

« Par cette action, nous souhaitons renouveler notre soutien aux journalistes, blogueurs et défenseurs des droits de l’homme russes à un moment crucial pour la liberté de l’information dans le pays, a déclaré Christophe Deloire, directeur général de Reporters sans frontières. Vingt-huit journalistes ont été assassinés du fait de leurs activités professionnelles depuis 2000 : la lutte contre l’impunité des assassins et agresseurs de journalistes est malheureusement toujours une impérieuse nécessité. Mais alors que le système Poutine se fissure, de nouvelles lois scélérates placent la société civile, plus vocale que jamais, sous une épée de Damoclès. Les autorités disposent désormais d’un arsenal législatif liberticide prêt à servir le moment venu. »

« Loin de nous l’idée de nier à la Russie le droit d’afficher l’image d’un pays fier, dynamique et moderne. Mais l’unanimisme propre aux compétitions olympiques ne doit pas leurrer : les véritables Jeux ne sont pas ceux qui se dérouleront sur les pistes de ski. Et dans cette partie-là, les forces vives de la société russe ont plus que jamais besoin de soutien. »

« Si nous lançons cette campagne aujourd’hui, c’est aussi parce que l’enjeu dépasse largement les frontières russes : le pays joue un rôle de modèle régional et la voix de Moscou porte sur la scène internationale. De nombreux gouvernements guettent l’issue du combat qui se joue dans le plus grand pays du monde. Certains d’entre eux, comme l’Azerbaïdjan, trouvent aujourd’hui dans la crispation des autorités russes une légitimation idéale à la répression qu’ils mènent dans leurs propres pays », a conclu Christophe Deloire.


Avalanche de lois répressives

Depuis le retour à la présidence de Vladimir Poutine, en mai 2012, le gouvernement a fait adopter en un temps record une cascade de lois répressives pour tenter d’endiguer l’épanouissement d’une plus grande liberté de l'information. Au moment même où était fermement durci l'encadrement des ONG de défense des droits de l’homme et des manifestations non autorisées, la diffamation, qui avait été dépénalisée en novembre 2011, a fait son retour dans le code pénal. Au nom de la « protection de l'enfance », une liste noire a été mise en place par une agence fédérale dépendante du gouvernement pour répertorier les sites Internet « néfastes », promis au blocage sans débat contradictoire ni décision judiciaire.

Ces derniers mois, la Douma fourbit ses projets de loi comme autant d’armes de bâillonnement massif : élargissement démesuré des notions de « secret d’Etat » et de « haute trahison », projet d’interdire les outils de contournement de la censure en ligne, de pénaliser drastiquement l’« atteinte aux sentiments des croyants »… La volonté de contrôle est manifeste.


Pas de « normalisation » pour l’information dans le Caucase russe

Malgré les rodomontades du Kremlin et le silence devenu assourdissant des médias internationaux, la situation dans le Caucase est malheureusement tout sauf « normalisée ». La relative stabilité qui s’est effectivement imposée en Tchétchénie a tout d’un silence de mort, fondé sur la peur d’un régime policier et la lassitude d’une population traumatisée par la guerre. Mais la violence n’a fait que se déplacer et les républiques voisines – Ingouchie, Daghestan, Kabardino-Balkarie… – sont gangrenées depuis une dizaine d’années par une guerre civile larvée qui ne dit pas son nom. Insurrection islamiste et arbitraire des forces de l’ordre s’y nourrissent mutuellement, pour le plus grand malheur de populations civiles prises au piège. Disparitions forcées, attentats, exécutions extra-judiciaires, trafics en tous genres… Autant de thèmes sensibles pour ceux qui se donnent pour mission d’informer. La litanie des journalistes assassinés continue donc de s’égrener : au nom bien connu d’Anna Politkovskaïa sont venus s’ajouter ceux de Natalia Estemirova, Abdoulmalik Akhmedilov, Khadjimourad Kamalov et bien d’autres encore, dont les assassins restent pour la plupart impunis.

Lire le rapport d’enquête de RSF sur l’état de la liberté de l’information dans le Caucase russe


Impunité persistante

Plus d’un an après l’assassinat de Khadjimourad Kamalov, l’influent fondateur de l’hebdomadaire indépendant Tchernovik au Daghestan, pourquoi l’enquête n’a-t-elle toujours produit aucun résultat ? Pourquoi le commanditaire de l’assassinat d’Anna Politkovskaïa n’est toujours pas identifié ? Pourquoi, malgré les fortes déclarations des autorités, les terribles agressions dont ont été victimes Oleg Kachine et Mikhaïl Beketov ne sont-elles toujours pas élucidées ? Cet état de fait nourrit le prolongement de la violence : en 2012, au moins deux journalistes ont été tués et trente-trois agressés du fait de leurs activités professionnelles.

Sur le même thème, lire la tribune de Christophe Deloire sur le Huffington Post (septembre 2012) : « Le vent à travers les barreaux des Pussy Riots »