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20 avril 2018 - Mis à jour le 24 avril 2018

RSF exige l’ouverture au public du procès du meurtre du blogueur maldivien Yameen Rasheed

La société civile maldivienne se mobilise pour que justice soit rendue contre les vrais assassins de Yameen Rasheed. Son dernier tweet, le dessin d’un ballon rouge, est devenu le symbole de la lutte contre l’impunité (photos : Ishara S. Kodikara / AFP).
Un an, jour pour jour, après l’assassinat sauvage du blogueur Yameen Rasheed, RSF demande aux autorités des Maldives d’ouvrir le procès de ses meurtriers au public et aux journalistes pour que toute la lumière soit faite sur cette affaire.

Il aurait eu 30 ans ce mois-ci. Il y a un an, le 23 avril 2017, le blogueur Yameen Rasheed mourrait à son domicile, sous les coups de poignard de ses assaillants. Depuis, six suspects ont été arrêtés. Selon la police, il s’agit de fondamentalistes islamistes qui ne supportaient pas les prises de position du blogueur contre l’extrémisme religieux.


Observateur pugnace de la vie politique de son pays, Yameen Rasheed dénonçait aussi les cas de corruption au sein du gouvernement sur son blog. A plusieurs reprises, il avait signalé à la police avoir reçu des menaces de mort, mais celle-ci n’a pris aucune mesure pour assurer sa protection. Alors que des doutes subsistent concernant les vrais commanditaires du meurtre, les audiences de justice le concernant se tiennent exceptionnellement à huis-clos, sur ordre du procureur général. Son porte-parole a justifié sa décision en vertu d’une nouvelle disposition du code de procédure pénale selon laquelle un procureur peut décider d’imposer le secret s’il “estime qu’une circonstance qui obstrue la justice peut survenir dans une audience publique”. Il n’a pas précisé de quelle circonstance il pourrait s’agir.


“Il est indispensable que les audiences du procès de l’assassinat de Yameen Rasheed soient ouvertes au public et aux journalistes, sans quoi des doutes persisteront invariablement sur le verdict, déclare Daniel Bastard, responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF.


"Nous demandons au procureur général d’agir en conséquence, et appelons la cour suprême et la commission des droits de l’homme du pays à peser de tout leur poids pour que ce procès se déroule en toute transparence. Il en va de la crédibilité de la justice maldivienne. L’impunité qui caractérise les crimes commis contre les journalistes est un fléau dans l’archipel, et tenir ce procès à huis-clos est comme un message envoyé à ceux qui veulent les faire taire de façon définitive.”


Jeudi dernier, le 19 avril, des membres de la famille de Yameen Rasheed, en compagnie de représentants de deux ONG, le Réseau Maldives Démocratie et Transparency Maldives, ont demandé à rencontrer le procureur général et le commissaire de police en charge de l’enquête, en vain. Sur les réseaux sociaux, un hashtag #OpenTheTrial se répand pour appeler les autorités à mettre fin au huis-clos du procès, en plus de l’opération #WeAreYaamyn à laquelle RSF s’est associée en juin 2017 - signe de la réprobation grandissante de la population maldivienne face à cette procédure tenue secrète.


Les Maldives se situent à la 117ème place sur 180 pays dans le Classement mondial pour la liberté de la presse 2017.