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26 octobre 2016 - Mis à jour le 20 juin 2017

RSF exhorte les autorités irakiennes à protéger les journalistes sur le terrain

Alors que deux journalistes irakiens ont été tués et qu’une dizaine d’autres ont été blessés lors de l’offensive militaire pour reprendre Mossoul au groupe Etat islamique (EI), Reporters sans frontières (RSF) demande aux autorités de tout mettre en oeuvre pour protéger les journalistes sur le terrain.

Ali Raysan, 33 ans, cameraman pour la chaîne irakienne généraliste Al-Sumaria TV, a été tué par un tir de sniper provenant du groupe djihadiste Etat islamique le 22 octobre dernier, alors qu’il filmait les affrontements près du village Al-Choura de la zone Al-Qayara, au sud de la ville de Mossoul. La veille, Ahmed Hajer Oglu, 30 ans, journaliste pour la chaîne Turkmeneli TV, était mortellement touché par l’EI, alors qu’il couvrait les affrontements entre les forces peshmergas et les combattants du groupe EI dans la ville de Kirkouk, à 170 kilomètres au sud-est de Mossoul, selon la chaîne.


RSF déplore la mort des deux journalistes en plein exercice de leurs fonctions, déclare Alexandra El Khazen, responsable du bureau Moyen-Orient de l’organisation. Au vu des risques du métier en zone de guerre, et en particulier en Irak, RSF rappelle la responsabilité imputée à toutes les parties au conflit de protéger les journalistes en vertu des Conventions de Genève et de ses protocoles additionnels. RSF souligne également la nécessité pour les journalistes de couvrir les affrontements en prenant des précautions afin de ne pas en mettre en danger ni les sources ni les acteurs du conflit”.


Dix journalistes ont également été blessés lors de la couverture de cette offensive dans le nord du pays, selon une publication datée du 22 octobre dernier du Centre Metro pour la défense de la liberté de la presse. Parmi eux, les journalistes de la chaîne de langue kurde Waar TV, Arian Brawari et Rasti Khaled, ainsi que le freelance Ari Jalal ont été blessés dans une explosion à Bashiqa au nord-est de Mossoul. C’est le cas également du journaliste de la chaîne Zagros TV, Bishtiwan Hussein, ainsi que Hajer Brawari et Yasser Abdulrahman journalistes pour Speda TV, à la suite d’explosions dans la région de Tel Skuf (nord de Mossoul) et Bashiqa; le correspondant de la chaîne irakienne Al-Forat, Ahmed Al-Zaidi, a été blessé le 20 octobre dernier à la jambe à la suite de la chute d’un obus de mortier. Par ailleurs, le journaliste freelance Rasoul Mahmoud, qui couvrait l’offensive pour Radio Free Europe, risque de perdre un oeil et souffre de plusieurs fractures à la suite d’une chute d’obus de mortier à Mossoul. Le photographe américain Bryan Denton du New York Times a été blessé par l’explosion d’une voiture piégée du côté de la ville Bartella, à l’est de Mossoul.


Un conflit surmédiatisé


Une coalition nationale de médias a été mise en place le 17 octobre dernier par le réseau public de médias irakiens (IMN, Iraqi media Network) afin de garantir une stratégie médiatique unie en soutien à l’opération militaire, contrer les rumeurs pouvant perturber le déroulement du conflit mais aussi de fournir un soutien technique et matériel aux médias. Cette coalition, dont les chaînes Al-Iraqiya, Al-Sumaria, Hona Baghdad, Al-Rasheed, Al-Forat et Al-Hadath et ANB ont contribué à sa création, permet la production d’un journal télévisé commun tous les soirs et coordonne des campagnes de communication sur les réseaux sociaux.


Bien que l’offensive militaire des forces de sécurité pour la reprise de Mossoul bénéficie d’une couverture médiatique importante - sur les réseaux sociaux avec notamment des diffusions en direct sur Facebook - les autorités du Kurdistan irakien ont elles décidé d’interdire la diffusion en direct à certains médias sur toutes les lignes de front. Le 24 octobre dernier, les chaînes Rudaw TV, Kurdistan 24 et NRT TV ont été interdites de faire des diffusions en direct sur les lignes de front du conflit qui oppose les forces de sécurité kurdes et l’armée irakienne aux combattants du groupe EI, à la suite d’une décision du procureur du Kurdistan. Les raisons invoquées sont liées à la sécurité des troupes mais aussi le besoin de préserver une éthique journalistique. Dans le communiqué, la bataille dans la ville de Kirkouk, dans le nord du pays, est citée comme un exemple d’une couverture médiatique peu professionnelle ayant mis en danger les forces kurdes en révélant leurs positions via le direct.


Les médias dans la zone du Kurdistan irakien sont en général victimes d’une guerre de pouvoir qui se joue au niveau des partis politiques kurdes et qui s’intensifie avec la guerre contre le groupe EI. A titre d’exemple, les chaînes et radios du groupe Nalia Media Corporation (NRT, NRT2, Nalia Radio) avaient été interdites, le 21 octobre dernier, par le ministère des Peshmergas de se rendre au front à Mossoul et sont toujours contraintes de couvrir le conflit à distance. Selon la chaîne, cette interdiction est survenue à la suite d’une émission où des invités, dont un ex-parlementaire du parti de l’opposition Goran (Changement), avaient critiqué l'absence d'unité des forces peshmergas. Selon nos sources, les chaînes KNN TV et Payam TV, proches de l’opposition, ont également été interdites de couvrir l’opération sur le front à Mossoul depuis le début de l’opération militaire sous prétexte d’une décision émanant de la présidence de la région autonome du Kurdistan. Elles peuvent néanmoins couvrir les affrontements dans des villes sous contrôle du parti rival de l’Union patriotique du Kurdistan (UPK).


L’offensive militaire a débuté le 17 octobre dernier pour reprendre la ville de Mossoul, tombée aux mains du groupe Etat islamique le 10 juin 2014. Pour rappel, RSF avait publié un rapport conjoint sur Mossoul avec l’Observatoire des libertés journalistiques (JFO) en Irak , fin octobre 2015 dernier faisant un état des lieux de la situation de la liberté de la presse depuis le contrôle de la ville par l’EI.


L’Irak est un des pays les plus meurtriers du monde pour les journalistes. Le pays figure à 158e place (sur 180) du Classement 2016 sur la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.