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10 mai 2018

RSF dénonce les menaces qui pèsent contre le journalisme d’investigation au Monténégro

Des journalistes se réunissent devant le Parlement pour dénoncer la violence contre la profession le 9 mai 2018 / AFP
Une journaliste d’investigation monténégrine, Olivera Lakic, a été agressée et blessée par un individu armé, six ans après avoir été attaquée dans des conditions similaires. RSF condamne fermement cette agression et les violences dirigées contre la communauté des journalistes d’investigation au Monténégro.

Olivera Lakic a été blessée par balle, à la jambe mardi soir devant son domicile, par un tireur non identifié, qui a ensuite pris la fuite. La journaliste est actuellement hospitalisée mais ses jours ne sont plus en danger. Cette reporter chevronnée qui travaille pour le magazine Vijesti avait déjà fait l’objet d’une attaque similaire en 2012, alors qu’elle commençait à enquêter sur le trafic de tabac et notamment l'usine de cigarettes Tara et la Montenegrin Tobacco Company contrôlées par des hommes d’affaires proches du pouvoir en place.


La journaliste avait bénéficié à l’époque d’une protection policière à laquelle elle avait finalement préféré renoncer pour pouvoir continuer à mener son travail d’enquête dans de meilleures conditions.


L’émoi provoqué par cette agression au sein de la profession est d’autant plus profond qu’il s’agit de la deuxième attaque contre un journaliste monténégrin en un mois. Le 3 avril 2018, une bombe avait explosé près de la maison d'un éminent journaliste, Sead Sadikovic, spécialisé dans le crime organisé et la corruption.


Des centaines de journalistes se sont réunis mercredi matin 9 mai devant le Parlement à Podgorica à l’appel des associations professionnelles pour dénoncer le crime commis contre Olivera Lakic et “une culture de ‘l’impunité” de la part des autorités. Aucune des attaques menées contre elle n’a fait l’objet de condamnation expliquent-ils et aucune des révélations sur le crime organisé auxquelles elle a contribué n’a fait l’objet d’une enquête de la police.


Les responsables politiques doivent dénoncer publiquement et systématiquement toutes les attaques contre les journalistes et mettre en oeuvre les mesures pour trouver et punir les commanditaires de ces crimes, déclare Pauline Adès-Mével, responsable de la zone UE-Balkans de RSF. Avec cette attaque c’est toute une profession qui est visée et une nouvelle fois ceux des journalistes qui enquêtent sur les trafics et les réseaux. Il est nécessaire que les autorités monténégrines leur apportent la protection nécessaire et cessent la surenchère verbale qui crée un climat toxique et délétère.


Malgré la condamnation de cette attaque par le Président Milo Djukanovic, les journalistes dénoncent un double discours, le chef de l'Etat ayant qualifié il y a encore quelque jours les journalistes de “fascistes”.


L’agression de la journaliste Olivera Lakic connaît un retentissement d’autant plus fort qu’elle survient quelques mois à peine après le meurtre de deux journalistes d’investigation qui enquêtaient eux aussi sur les réseaux criminels et des proches du pouvoir. A Malte, Daphne Caruana Galizia, qui a été tuée le 16 octobre 2017 par une bombe placée sous sa voiture, était à l’origine de révélations sur des affaires de corruption éclaboussant la classe politique maltaise. En Slovaquie, Ján Kuciak, qui a été assassiné le 21 février 2018, s’était spécialisé dans les enquêtes portant sur des affaires de fraude fiscale à grande échelle. Son dernier article portait d’ailleurs sur les activités d’un entrepreneur slovaque controversé en raison de ses liens avec plusieurs responsables politiques. En Italie, Paolo Borrometi, un journaliste spécialiste de la mafia vient lui aussi d’échapper à un attentat mortel grâce à la vigilance de la police.


Le Monténégro occupe aujourd’hui la 103e place sur 180 pays au classement mondial 2018 de la liberté de la presse établi par RSF.