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24 avril 2017

RSF dénonce les manoeuvres politiciennes prenant en otage la liberté de la presse

Saisie d’une publication tunisienne au nom de l'État d’urgence sur ordre du ministre de l’Intérieur, censure d’une émission télévisée, nominations parachutées au sein d’institutions médiatiques publiques sans avis conforme de la Haute autorité indépendante de communication audiovisuelle (HAICA)... Les signaux envoyés par le gouvernement tunisien sont extrêmement inquiétants pour l’avenir de la liberté d’informer.

Entre les 7 et 10 avril, le Premier ministre Youssef Chahed a nommé de nouveaux dirigeants à l’agence TAP, à la SNIPE ainsi qu’à la radio religieuse Zitouna FM fondée par le gendre de l’ex-président Ben Ali en 2007, sans que ni les professionnels du secteur ni la HAICA ne soient consultés.



Dimanche 9 avril, Hannibal TV n’a pas diffusé l’émission le « rendez-vous » de Néji Zaïri. Selon nos sources, la direction de la chaîne aurait subi des pressions de la part de la présidence de la République qui n’aurait pas apprécié les propos de Ridha Belhaj, dirigeant de Nidaa Tounes et invité de l’émission. Le 6 avril, les exemplaires d’un média tunisien étaient saisis à l’imprimerie par la police sur ordre du ministère de l'Intérieur, qui a invoqué l’état d’urgence pour justifier son action. Mais aucun ordre judiciaire n’a été émis, empêchant ainsi tout recours.


«Ces attaques sont un coup dur porté à la liberté de la presse en Tunisie, déclare Virginie Dangles, rédactrice en chef de RSF. Le gouvernement choisit d’utiliser des méthodes arbitraires, contraire aux principes démocratiques. Nous demandons aux autorités de cesser ces attaques contre la liberté d’informer dans le respect de la Constitution et des engagements internationaux du pays».


A ces pressions politiques s’ajoutent d’autres menaces fragilisant le principe d’indépendance des journalistes. Dimanche 16 avril, un enregistrement sonore révélant les propos supposés de Nabil Karoui, ex-PDG de Nessma TV, l’une des chaînes les plus regardées de Tunisie a fuité. On y entend Karoui s’ingérait dans les contenus éditoriaux pour demander aux journalistes de préparer « une bande-annonce qui souille » les membres d’une ONG tunisienne (I Watch) ayant mené une enquête sur les irrégularités fiscales dans la gestion de la chaîne en octobre 2016. L’ancien patron de la chaîne y demande de faire passer les membres de l’ONG pour des « traîtres et des agents » de l’étranger en utilisant des informations « bidons ».



Face à ce resserrement du contrôle de l’information, RSF tient à apporter son soutien aux journalistes tunisiens indépendants, acteurs de la société civile médiatique tunisienne au premier plan duquel, le syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) ainsi qu’à la HAICA.


La Tunisie est 96ème au Classement mondial de la liberté de la presse de RSF en 2016.