Actualités

13 août 2015 - Mis à jour le 6 juin 2016

RSF dénonce les accusations “scandaleuses” contre des journalistes à Ferguson

Reporters sans frontières condamne les charges émises récemment par le Département de police de St. Louis contre deux journalistes qui couvraient les manifestations apres la mort de Michael Brown l’année dernière à Ferguson.

Le journaliste Wesley Lowery du Washington Post est accusé d’intrusion et d’entrave à agent. Les mêmes plaintes ont aussi été déposées contre un reporter du Huffington Post, Ryan J. Reilly, qui a été arrêté avec Wes Lowery le 13 août 2014. Les deux journalistes étaient en train de recharger leur matériel dans un McDonald’s à Ferguson quand des policiers sont entrés. Ils ont fait sortir les personnes qui s’y trouvaient et ont arrêté les deux journalistes après que Wes Lowery a commencé à les filmer et à leur poser des questions sur des ordres contradictoires de quitter le restaurant. Ils ont été amenés au Département de Police de Ferguson et ont été libérés après une courte détention.


“Accuser un reporter d’intrusion et d’entrave à agent alors qu'il faisait simplement son travail est scandaleux. On aurait pu penser que les autorités allaient revenir à la raison sur cette histoire. Wes Lowery n’aurait jamais du être arrêté en premier lieu. C’est un abus d’autorité policière. Cette dernière décision indigne va beaucoup trop loin de la part du procureur qui n’a apparemment aucun respect pour le rôle des journalistes qui cherchent à couvrir un sujet important et font leur travail normalement,” a déclaré Martin Baron, l’éditeur exécutif du Washington Post.


Wes Lowery et Ryan Reilly étaient parmi la quinzaine de journalistes arrêtés pendant les manifestations de l’année dernière. Quatre de ces journalistes ont intenté un procès contre le Département de police de St. Louis pour coups et blessures, arrestation illégale et perquisitions et saisies abusives.


De manière générale, les manifestations de ce mois d’août 2015 ont été moins violentes que celles de l’année dernière, mais il y a eu des flambées de violence et de nombreux manifestants ont été arrêtés.


Des journalistes attaqués


Le photographe du St. Louis Post-Dispatch Robert Cohen a été atteint au visage par du gaz poivré pendant qu’il prenait des photos de blocages de rues le 10 août 2015. Contacté par Reporters sans frontières, Robert Cohen a expliqué que les policiers en tenue anti-émeute ordonnaient aux gens présents dans la zone de se déplacer de la rue vers le trottoir. Bien que Robert Cohen dit avoir respecté les ordres, les policiers ont commencé à crier sur un homme à sa droite de se déplacer, puis les policiers ont déclenché un jet continu de gaz poivré qui a touché le journaliste. Heureusement il regardait l’incident à travers sa caméra et a évité d’etre blesse aux yeux. Il a explique à Reporters sans frontières “Je ne sais pas si j’ai été ciblé directement ou non, mais je sais avec certitude que ces deux policiers criaient sur un homme et qu’un jet énorme de gaz n’était pas nécessaire. Ils m’ont sûrement vu, sur le bord de la route en train de travailler. Je ne suis pas un nouveau venu dans le cadre de ces manifestations. Je suis là depuis le 10 août, 2014. Tandis qu’ils ne connaissent peut-être pas mon nom (...) (j’)ai toujours une carte de presse autour de mon cou. L’année dernière, les membres de la presse ont été touchés au visage par du gaz lacrymogène, mais ce type de gaz permettait difficilement de cibler (...) il se répand partout. Tandis qu’avec ces conteneurs de gaz poivré, il est très facile de choisir qui frapper ou non.”


Paul Hampel, un autre reporter du St. Louis Post-Dispatch, a été frappe et victime d’un vol dimanche soir alors qu’il couvrait des actes de vandalisme sur l’avenue de West Florissant. Il a été attaqué par derrière, a reçu des coups de poings et de pieds a plusieurs reprises au visage et derrière la tête, et son portable et porte-feuille ont été dérobés, selon le St. Louis Post-Dispatch. Il a subi un traumatisme crânien et a passé la nuit à l'hôpital sous observation.


“Ma plus grande préoccupation en août dernier était d’etre arrete par la police. Cette fois ci, ma plus grande préoccupation est le vol - et les journalistes travaillent en équipe pour guarantir leur sécurité,” explique Robert Cohen.


Une tendance alarmante


Les États-Unis, le pays du premier amendement, ne peut pas se permettre d’empêcher les journalistes de couvrir les questions majeures de droits civiques qui se développent partout dans le pays. La capacité des journalistes à couvrir librement les manifestations en réponse à l’escalade de tensions entre la police et certaines minorités est fondamentale dans une société démocratique et ne devrait pas être empêchée par de violentes attaques ou arrestations arbitraires,” affirme Delphine Halgand, Directrice du bureau de Reporters sans frontières aux États Unis. “Nous demandons aux autorités américaines de ne pas laisser les abus de la police impunis et de faire tout ce qui est possible pour garantir la sécurité des journalistes pendant les manifestations.


Les arrestations et attaques de journalistes à Ferguson ne sont malheureusement pas des cas isolés. Au moins deux journalistes ont été attaqués ou arrêtés par la police pendant les manifestations à Baltimore après la mort de Freddie Gray entre le 12 et le 28 avril 2015.


Ces évènements marquent une tendance alarmante d’entraves à la liberté de la presse aux États-Unis. Depuis 2013, le positionnement des États-Unis dans notre classement mondial a chuté de 14 places. Le pays est désormais classé 49ème sur 180.


Par ailleurs, le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a émis un rapport très critique sur la situation des droits de l’homme aux États-Unis lors de son examen périodique universel le 11 mai 2015. Le rapport comprend 348 recommandations, dont beaucoup concernent la brutalité policière et le profilage racial.


Il est maintenant donc plus important que jamais que les États-Unis réaffirment leur engagement à l’égard de la liberté de la presse et de l’information afin de faire la lumière sur ces abus. La sécurité et l’ordre public ne peuvent pas prévaloir sur l’outil démocratique le plus fondamental pour la protection et l’avancement des droits de l’homme,” explique Delphine Halgand.