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27 mars 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

RSF dénonce le bras d'honneur des autorités chinoises à la liberté


Alors que Paris déroule un tapis rouge pour la visite d’État du président chinois, Reporters sans frontières a lancé le 27 mars 2014 à l’aube une opération pour attirer l’attention sur l’absence de sincérité de Xi Jinping et des autorités chinoises quand il s’agit des libertés, et notamment de la liberté de l’information prévue par l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Des photomontages d’une surface de 8 mètres carrés, montrant le président chinois effectuant un bras d’honneur, devaient circuler dans la capitale sur 5 camions au long de la matinée.

Un camion a réussi à passer devant la Tour Eiffel puis l'Arc de Triomphe tandis que les quatre autres ont été empêchés d’entrer dans Paris. Des clichés ont été pris devant certains des monuments les plus emblématiques de la capitale. Des militants de RSF à vélo, arborant des drapeaux à la même effigie, ont complété le dispositif. En retenant les camions, les policiers ont été incapables de fournir à RSF des justificatifs juridiques.

Interview de Lucie Morillon, directrice de la recherche à Reporters sans frontières

"Il n’est pas normal que soit ainsi empêchée une évocation de la situation de la liberté de l’information en Chine" déclare Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières.

L’initiative vise à montrer combien les autorités chinoises, avec à leur tête Xi Jinping qui cumule les fonctions de président de la République populaire, de secrétaire général du Parti communiste et de président de la Commission militaire centrale, témoignent d’un mépris sans fard pour les citoyens qui sont privés d’une information libre et soumis à une intense propagande. “Le décalage entre les discours officiels sur le rêve chinois et la répression violente des journalistes indépendants montre à quel point Xi Jinping se moque du monde, déclare Christophe Deloire. L’article 35 de la constitution chinoise précise que les citoyens chinois disposent de “la liberté de parole et de presse”, or plus de 100 Chinois, journalistes professionnels ou net-citoyens, sont actuellement en prison pour avoir simplement voulu rendre compte de la réalité.

En Chine, les médias officiels sont des outils de propagande à la solde du pouvoir ; l’ensemble des journalistes est soumis à plus de 1000 circulaires du bureau de la propagande chaque année. Les conférences de presse sont truquées, tandis qu’un examen idéologique vient d’être réintroduit pour le renouvellement de la carte de presse. La “campagne contre les rumeurs” lancée par Xi Jinping vise à soumettre la libre circulation des informations parmi les internautes à un contrôle plus intense que par le passé. La “grande muraille électronique” ne cesse de se perfectionner. Quand le blocage de sites web et le filtrage ne suffisent pas, les autorités n’hésitent pas à enlever et passer à tabac les “gêneurs”. Au moins 30 journalistes et 74 citoyens-journalistes croupissent derrière des barreaux, faisant de la Chine la plus grande prison du monde pour les professionnels des médias et net-citoyens. Le prix Nobel de la paix Liu Xiaobo purge une peine de 11 ans de prison pour avoir simplement défendu la liberté d’expression. Le pays occupe la 175e place du Classement mondial 2014 de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières.