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23 avril 2020 - Mis à jour le 4 août 2020

RSF dénonce l’actuelle campagne de harcèlement menée par la police indienne contre les journalistes au Cachemire

Masrat Zahra (gauche), Peerzada Ashiq (centre) et Gowhar Geelani sont l’objet de plaintes qui confinent au harcèlement judiciaire (photos : @Peoplesvoice01 - RSF - @GowharGeelani).
Trois reporters cachemiris font l’objet de plaintes déposées au pénal, en à peine trois jours, par la police de Srinagar, la capitale de la province du Jammu-et-Cachemire (J&K), en Inde du nord. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une campagne de harcèlement qui n’a d’autre but que d’intimider toute la profession, et exige l’abandon immédiat des accusations.

Des messages postés en ligne qui “glorifient le terrorisme”. C’est, officiellement, le prétexte avancé par la cyber-police de Srinagar, dans un communiqué publié mardi 21, pour justifier l’enquête qu’elle a officiellement ouverte à l’encontre du célèbre journaliste et écrivain Gowhar Geelani, qui collabore notamment avec la BBC ou les sites indiens DailyO et Scroll.in. Contacté mercredi soir par RSF, le journaliste a affirmé n’avoir pas encore reçu de copie de la plainte qui le vise. La police n’a du reste pas cité quel article de loi le reporter aurait enfreint. 


La veille de la publication de ce communiqué, RSF révélait, le soir du 20 avril, qu’un autre reporter cachemiri, Peerzada Ashiq, correspondant du quotidien The Hindu à Srinagar, faisait lui aussi l’objet d’une plainte déposée par la police du J&K pour un “élément de fake news” publié, deux jours plus tôt, dans un article signé par le journaliste. Selon un communiqué de la police, “les détails présentés dans les éléments d’information sont factuellement incorrects et pourraient créer de la peur ou des troubles dans les esprits du public”. Là encore, aucun texte de loi n’est cité pour asseoir l’accusation.


RSF avait, ce même lundi 20 avril décrit les conditions dans lesquels la photojournaliste Masrat Zahra était entendue le jour-même dans le cadre d’une enquête ouverte contre elle par l’Agence indienne contre le terrorisme pour “activités anti-nationales”.


Mépris


“La concomitance de l’ouverture de ces trois enquêtes témoigne d’une volonté délibérée de la police indienne de harceler les trois journalistes visés par des plaintes et, par ce biais, d’intimider l’ensemble des reporters qui essayent de travailler librement au Cachemire, dénonce le responsable du bureau Asie-Pacifique de RSF, Daniel Bastard.


“Nous demandons l’abandon immédiat des plaintes déposées, qui ne reposent sur aucune base légale crédible. Taxer de ‘terrorisme’ toute voix dissidente ou toute photo embarrassante, en dit long sur le mépris affiché par les autorités indiennes envers le pluralisme journalistique.”


Le mois dernier, RSF avait déjà dénoncé une recrudescence des cas d'intimidation et d'atteinte au secret des sources dans la vallée, citant près d’une quinzaine d'occurrences. 


Le territoire, dont le gouvernement indien a aboli l’autonomie le 5 août 2019, a traversé le plus long couvre-feu numérique de l’histoire, bloquant toute connection Internet pendant près de six mois. Aujourd’hui encore, les connections par Internet mobile sont limitées à la 2G, ce qui permet au mieux d’envoyer des SMS.  


L’Inde, qui se situe désormais à la 142e place sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse de RSF de 2020, a perdu deux places par rapport à l’édition précédente, notamment en raison des graves violations de la liberté de la presse perpétrées au Cachemire.