Actualités

27 septembre 2016

RSF dénonce la chasse aux sources d’un journaliste québécois

Reporters sans frontières (RSF) dénonce la perquisition du Journal de Montréal et la saisie de l’ordinateur d’un journaliste, entraves inquiétantes à la liberté de la presse au Canada. RSF appelle les autorités canadiennes à renoncer à l’analyse de l’ordinateur et à le rendre à son propriétaire dans les plus brefs délais.

Le 21 septembre, l’ordinateur de Michaël Nguyen, journaliste au Journal de Montréal, a été saisi lors d’une perquisition de la rédaction menée par la Sûreté du Québec. La saisie fait suite d’une plainte du Conseil de la magistrature après la publication d’un article en juin dernier sur le comportement agressif d’une juge après un diner de Noel en 2015.


Selon le mandat de perquisition, la saisie vise à établir comment Michaël a obtenu certaines informations publiées dans cet article sur la juge. Le mandat n’accuse le journaliste d’aucun crime.


La saisie de l’ordinateur de Michaël Nguyen compromet l’indépendance des journalistes et la protection de leurs sources, déclare Delphine Halgand, directrice du bureau de RSF aux États-Unis. Il semblerait que le Conseil de la magistrature cherche à intimider le journaliste pour l’empêcher de publier des articles critiques ou peu flatteurs à l’encontre de fonctionnaires.”


Michaël “n’avait transgressé aucune loi. Il faisait simplement son travail en montrant au public le comportement discutable de la juge. Il s’agit d’un sujet d’intérêt public, car la population est en droit de savoir comment ses représentants se comportent. Nous entendons contester ce mandat de perquisition”, a déclaré George Kalogerakis, directeur de l’information du Journal de Montréal.


«Il est inadmissible de perquisitionner des journalistes ou des médias d’information pour tenter de démasquer leurs sources lorsque cela relève de l’intérêt public, comme dans le cas présent. Le public a le droit de savoir comment se comportent les représentants de l’État, a fortiori quand ils sont chargés d’appliquer la loi», affirme de son côté le président d’une organisation locale partenaire de RSF, la fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Jean-Thomas Léveillé, dans une déclaration publiée jeudi dernier.


Cette nouvelle entrave à la liberté de la presse au Canada intervient alors que la Cour supérieure de l’Ontario avait ordonné à un journaliste de VICE News de remettre sa correspondance avec une source à la gendarmerie royale du Canada. RSF et plusieurs organisations canadiennes de défense de la liberté de la presse avaient condamné cette décision dans une lettre conjointe publiée en avril. RSF fait partie du groupe d’organisations qui soutiennent l’appel de VICE à cette décision.


Le Canada est 18ème sur 180 pays dans le Classement mondial de la liberté de la presse que RSF a publié en 2016, après avoir chuté de 10 places en 2015.


Image credit: KAREN BLEIER / AFP