Actualités

3 août 2017

RSF demande à Hassan Rohani de tenir ses promesses en faveur de la liberté de la presse lors de son second mandat

A la veille de la cérémonie d'investiture de Hassan Rohani,Reporters sans frontières (RSF) demande au président de la République islamique d’Iran de tenir lors de ce second mandat ses promesses. L’ONG l’exhorte à prendre une série d’engagements en faveur de la liberté de la presse et à faire évoluer le pays vers un État de droit.

Avec 27 journalistes et journalistes-citoyens emprisonnés, l’Iran est toujours l’une des cinq plus grandes prisons du monde et constitue également l’une des plus grandes prisons pour les femmes journalistes. En premier lieu, RSF exige la libération sans conditions des dix journalistes et des dix-sept journalistes-citoyens toujours emprisonnés en Iran.


Lors des quatre années de mandat présidentiel de Hassan Rohani, au moins 200 journalistes et journalistes-citoyens ont été convoqués, interpellés et interrogés, et 32 d’entre eux ont été condamnés à des peines de prison allant de trois mois à 16 ans. Si la justice et les gardiens de la révolution, sous l'ordre du guide suprême, sont responsables d'une grande partie de la répression contre ces journalistes et l'information indépendante, le ministère des renseignements du gouvernement de Hassan Rohani est également impliqué dans cette répression.


Plusieurs journalistes et journalistes-citoyens ont été arrêtés par les agents du ministère des renseignements, dont au moins six pendant les vagues d'arrestations entre décembre 2016 et mars 2017. Narges Mohammadi, Hengameh Shahidi et Zeinb Karimian pour ne citer qu’elles sont des victimes de cette répression. Elles sont toutes les 3 toujours emprisonnées toujours emprisonnées dans des conditions d’incarcération extrêmement inquiétantes.


Le 15 mai 2017, lors d’un meeting politique de Hassan Rohani, ses sympathisants scandaient des slogans en faveur de la libération des prisonniers politiques, en pointant du doigt la responsabilité du guide suprême Ali Khamenei. “Mes bras n’ont pas la force de résoudre seuls certains problèmes, mais avec un vote de plus de 51%, ce sera plus efficace”, a déclaré le président sortant.


Le 19 mai il a été élu 57 % des voix. Le président ne doit pas oublier que ce sont ces engagements en faveur de la liberté d'expression et de la presse et de la libération des prisonniers politiques, qui ont poussé les progressistes iraniens, notamment les jeunes et les femmes, à voter massivement pour lui.


RSF rappelle que tant que ces demandes ne seront pas satisfaites, le peuple iranien ne pourra pas se considérer comme libre et demande à Hassan Rohani de s’engager sur les points suivants :


* Tenir sa promesse faite aux millions d’Iraniens qui réclament la levé de la résidence surveillée pour Mehdi Karoubi, Mir Hossein Mousavi, et son épouse Zahra Rahnavard. Ces détentions arbitraires n’ont aucune base légale au regard du droit national et des normes internationales. Ces leaders du mouvement de protestation contre la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad en juin 2008 sont considérés par les responsables du régime comme les “têtes de sédition. Ils sont privés de leurs droits.


* S’engager pour la libération inconditionnelle des 27 journalistes et journalistes-citoyens toujours emprisonnés en Iran. La liberté d’information ne sera pas garantie dans ce pays tant que l’incarcération de journalistes continuera d’être une pratique systématique.


* S’engager pour une réforme en profondeur de la loi sur les médias favorisant la liberté de la presse selon l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques dont l’Iran est partie prenante.


* S’engager en particulier pour dépénaliser les délits de presse et garantir la liberté d’information sans discrimination de langue, de religion ou d’opinion politique. Il est urgent de revoir la loi de 1986 sur la presse (amendée en 2000 et en 2009 pour englober les publications en ligne) qui permet au pouvoir de vérifier que les acteurs de l’information ne “portent pas atteinte à la République islamique”, “n’offensent pas le Guide suprême” ou ne “diffusent pas de fausses informations”. Les amendements de la loi sur la presse qui obligent les publications en ligne à obtenir une licence doivent être abrogés.


* S’engager à garantir pour les journalistes le droit de s’associer librement avec d’autres, y compris le droit de constituer des syndicats et d’y adhérer pour la protection de ses intérêts.


* Garantir au peuple iranien le droit d'être informé, l’accès à un Internet libre, sans filtrage, ni surveillance. L’instauration d’un "Internet Halal" (national) qui vise à imposer un véritable “apartheid digital” constitue un danger pour l’Iran.


* S’engager à mettre fin au règne de l’arbitraire et de l’impunité. Les auteurs et commanditaires des assassinats de journalistes dissidents n’ont jamais été inquiétés. Les exemples sont nombreux. On peut citer les cas d’Ebrahim Zalzadeh, Majid Charif, Mohamad Mokhtari, Mohamad Jafar Pouyandeh et Pirouz Davani, exécutés par des agents du ministère du Renseignement entre novembre et décembre 1998. Sans oublier la mort en détention de Zahra Kazemi (2003), celle de la journaliste kurde de l’agence de presse Euphrate Ayfer Serçe (2006), du jeune blogueur Omidreza Mirsayafi, (2009), mais aussi de l’ancien journaliste pour Abrar Economie Alireza Eftekhari (2009), de Haleh Sahabi, journaliste et activiste des droits des femmes. Et plus récemment de Hoda Saber, journaliste d’Iran-e-Farda (2011) et de Sattar Beheshti (2012).


L’Iran est classé 165e sur 180 au Classement mondial de la liberté de la presse 2017 de Reporters sans frontières.