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24 mai 2016 - Mis à jour le 26 mai 2016

RSF condamne la réponse policière de l’Australie aux « NBN leaks »

Reporters sans frontières (RSF) demande aux autorités australiennes de cesser les opérations policières, lancées le 19 mai dernier, contre les médias australiens impliqués dans la publication d'informations sur l’entreprise gouvernementale National Broadband Network Company (NBN Co). Une perquisition au Parti de l'opposition qui contrevient au principe de protection du secret des sources et des lanceurs d’alerte.

La police fédérale australienne (AFP) conduit une enquête sur les sources des rédactions de chaînes de télévision, de journaux et de sites d’informations considérés comme impliqués dans les révélations des dépenses somptuaires occasionnées par le NBN en vue de l’instauration d’un réseau Internet rapide national, loin d’être réalisé.


Selon le site crikey.com, le mandat de perquisition de la police fédérale concernant les locaux du Parti de l'opposition mentionnerait le Weekend Australian, Australian Financial Review, Australian Broadcasting Corporation (ABC), The Sydney Morning Herald et du site d’information Delimiter. D’après ABC, « Au vu du mandat, qui mentionne le sénateur travailliste Stephen Conroy, des employés, des blogueurs (spécialistes des) technologies et quatre des principales organisations de médias dont ABC, la police ratisse large dans son enquête. » Le site Delimiter affirme pour sa part que des métadonnées de journalistes pourraient avoir été acquises par la police.


« Cette enqûete policière porte gravement atteinte à la liberté de la presse et de l’information en Australie, déclare Benjamin Ismaïl, responsable du bureau Asie-Pacifique de Reporters sans frontières. Malheureusement, cela confirme le déclin enregistré par le pays dans le dernier classement mondial de la liberté de la presse, résultant d’une sévérité accrue à l’encontre lanceurs d’alerte et des sources journalistiques, ainsi que de l’autocensure engendrée au sein des médias. Les autorités doivent mettre un terme à cette dérive policière évidemment contraire aux principes de proportionnalité des limitations imposables à la liberté de la presse. »


RSF exprime son soutien à l’Alliance des Médias, organisation représentative de la presse, et à son directeur général Paul Murphy, qui a déclaré que ces perquisitions constituaient «un nouveau revers troublant dans la chasse aux lanceurs d’alerte et au journalisme d’intérêt public, légitime. (…) Ces perquisitions sont une réponse lourde et disproportionnée à des informations embarrassantes pour le gouvernement. Une fois de plus, ce dernier préfère tirer sur le messager plutôt que de chercher des solutions aux problèmes soulevés par les journalistes dans leurs enquêtes. » Le directeur de l’Alliance des Médias a également demandé que la police fédérale révèle si elle a accédé ou non aux métadonnées de journalistes sans les en avoir informés.


Le score de l’Australie (qui se situe à la 25e place sur 180 pays du Classement mondial de la liberté de la presse 2016) s’est dégradé par rapport à l’édition précédente. Ce déclin est principalement dû aux menaces à l’encontre des lanceurs d’alerte et des sources journalistiques et à l’autocensure qui en résulte au sein des médias.