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13 octobre 2015 - Mis à jour le 20 janvier 2016

RSF condamne la fermeture arbitraire de la chaîne El Watan TV


RSF dénonce la fermeture forcée des locaux de la chaîne arabophone pro-islamiste El Watan TV à Alger, le 12 octobre 2015, en raison de propos virulents contre le président tenus par Madani Merzag, ancien chef de l’ex-Armée islamique du salut (AIS), invité lors d’une émission de débat.
Selon l’agence de presse nationale algérienne (APS), la chaîne El Watan TV est accusée de diffuser des “contenus subversifs portant atteinte aux symboles de l’Etat”. Lors de la diffusion de l’émission “El Hiwar” le 5 octobre dernier, Madani Mezrag - ancien chef islamiste de l’AIS, ex-bras armé du Front islamique du salut (FIS, dissous) - a tenu des propos virulents à l’encontre du président algérien. Les forces de police ont perquisitionné, le 12 octobre, les locaux de la chaîne à Alger et évacué ses employés avant de mettre sous scellés ses équipements. “RSF condamne la fermeture soudaine et brutale de la chaîne privée pour des raisons clairement politiques, déclare Alexandra El Khazen, responsable du bureau Moyen-Orient & Maghreb. Pour avoir diffusé cette interview, les autorités punissent la chaîne en la censurant de manière définitive. Alors que des recours devant la justice existent, la fermeture pure et simple du média pour les propos de son invité est une mesure arbitraire qui constitue une atteinte grave à la liberté de l’information. RSF exhorte les autorités à lever la mise sous scellés des studios”. La fermeture des locaux survient quelques jours après la plainte déposée contre le média pour “atteinte aux symboles de l’Etat”, après l’intervention de Madani Mezrag sur la chaîne. Ce dernier avait menacé le président, en raison du rejet de son projet politique de former un nouveau parti. “Le président est dans un état qui ne lui permet pas de prendre des décisions” et “(...) s’il ne revoit pas sa position, il va entendre de moi ce qu’il n’a jamais entendu auparavant”, avait déclaré Madani Mezrag. Dès le lendemain de l’émission, le directeur de la chaîne, Djaafar Chali, avait été convoqué au ministère de la Communication pour recevoir un premier avertissement. Une plainte du ministère avait également été déposée à l’encontre de la chaîne. Le personnel a très vite protesté contre cette décision en manifestant devant le ministère de la Communication. La direction de la chaîne compte déposer un référé devant la justice pour tenter d’annuler la décision. RSF, de son côté, a tenté en vain de joindre le ministère de la Communication. En plus des propos tenus par Madani Mezrag, le gouvernement a justifié la fermeture des locaux de la chaîne de droit étranger en affirmant que cette dernière avait enfreint la loi relative à l’activité audiovisuelle, en travaillant sans accréditation. C’est pourtant le cas de la majorité des chaînes algériennes privées qui exercent sans être inquiétées, étant “tolérées” plus qu’agrées. RSF rappelle qu’après la fermeture d’Atlas TV en mars 2014, en raison de sa couverture du mouvement d’opposition au 4e mandat de Bouteflika, El Watan TV est la deuxième chaîne privée algérienne à être fermée depuis l’ouverture de audiovisuel au secteur privé il y a quatre ans. L’Algérie se situe à la 119e place sur 180 au Classement 2015 sur la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.