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18 juin 2014 - Mis à jour le 20 janvier 2016

RSF appelle la communauté internationale à protéger les journalistes en Centrafrique


En Centrafrique, la situation sécuritaire du pays reste très préoccupante, et les journalistes sont nombreux à subir des pressions, intimidations, menaces ou violences. Suite à ce triste constat, Reporters sans frontières s’est jointe à plusieurs organisations professionnelles de médias et de défense du droit à l’information pour s’adresser aux autorités centrafricaines et occidentales. Nous les appelons d’une seule voix à tout mettre en œuvre pour respecter et faire appliquer le droit à l’information et protéger les professionnels des médias dans l’exercice de leur travail.

"Vous ne vérifiez pas vos informations, vous mentez, vous racontez n'importe quoi. Bientôt on va s'occuper de vous."

"Nous avons lu votre article. Vous demandez le retour des Faca. On va venir vous chercher..."

«Sache que c’est nous qui te connaissons. Toi, tu ne nous connais pas.
Nous te conseillons de garder ton silence et remercie ton Dieu. Prochainement, tu sauras qui nous sommes.»

« Bangui est petit et l’on ne peut pas se cacher.»

Ces menaces téléphoniques tantôt anonymes, tantôt proférées par des personnes connues ont été reçues ces dernières semaines par des journalistes centrafricains ainsi que certains responsables et membres d’équipes d’ONG internationales d’appui aux médias en Centrafrique.

Plus dramatique encore… Le 30 avril 2014, dans le contexte de la criminalité ambiante et dans des circonstances qui doivent encore être éclaircies, Désiré Luc Sayenga et René Padou, deux journalistes centrafricains ont été sauvagement agressés et ont succombé à leurs blessures. Tout récemment, le 13 mai 2014, c’est le corps sans vie de la photographe française Camille Lepage qui a été retrouvé lors d’un contrôle routier entre Bouar et Baboua, à l'ouest du pays. Ces tragiques événements traduisent le climat d’extrême insécurité et de terreur dans lequel travaillent aujourd’hui les journalistes centrafricains mais aussi les reporters internationaux et les différents opérateurs médias impliqués dans la mise en œuvre de programmes d’appui à la presse centrafricaine.

Depuis la prise du pouvoir par les rebelles de la Séléka le 24 mars 2013, les gouvernements successifs n'ont pas pu rétablir la sécurité en Centrafrique, ni à Bangui et ni dans le reste du pays.

Tant bien que mal et dans un dénuement technique quasi-total depuis les nombreux pillages et saccages dont ils ont été victimes, les médias centrafricains tentent de couvrir les différentes facettes de ce conflit. Les efforts d’impartialité professionnelle des uns ne doivent toutefois pas occulter les dérives déontologiques des autres. Les organisations professionnelles des médias centrafricains sont souvent les premières à pointer du doigt le manque de professionnalisme de nombre de leurs confrères.

Néanmoins, cela ne saurait justifier les pressions morales, les intimidations téléphoniques et les violences physiques que subissent quotidiennement les journalistes et les acteurs médiatiques dans l’exercice de leurs fonctions. Ces menaces constituent une entrave réelle à la liberté d’expression et de l'information.

De mars 2013 à fin mai 2014, le bilan partiel des exactions fait donc état de :
- 2 journalistes mortellement agressés dans des circonstances à éclaircir ;
- 1 journaliste tuée, dans l’exercice de ses fonctions ;
- 24 journalistes menacés de pressions diverses ;
- 7 journalistes menacés de mort par téléphone ;
- 3 journalistes victimes de violences physiques ;
- 4 journalistes et un cadre d'un opérateur d'appui aux médias menacés et contraints de quitter le pays ;
- 5 journalistes convoqués par les autorités judiciaires ;
- 3 journalistes interpellés.

L'information constitue une arme puissante dans les périodes de conflits. Si les médias font souvent l'objet d'instrumentalisation, ils révèlent dans le même temps toute leur valeur positive, en renforçant l’esprit de citoyenneté et de bonne gouvernance, en favorisant le respect entre les communautés et en préparant l’opinion publique à la paix. L'enjeu stratégique que représentent les médias est donc indéniable.

C’est pour cette raison que de nombreux opérateurs de soutien aux médias sont présents en Centrafrique. Leur travail respectif contribue à renforcer le professionnalisme des journalistes et de leurs organisations. Ils contribuent également au rééquipement technique d’un grand nombre d’entreprises de presse et de radios pillées. Tous affichent la même ambition : que les médias centrafricains soient des vecteurs de paix et non de haine.

Dans le contexte actuel, l’existence d'une communauté médiatique plus professionnelle et l’accessibilité permanente à une information de meilleure qualité sont autant de conditions nécessaires pour conduire le pays à la paix. Chacun - journalistes, patrons de presse, représentants des médias, opérateurs internationaux de soutien aux médias – souhaite pouvoir jouer son rôle dans des conditions de sécurité acceptables.

Pourtant, depuis quelques mois, eux aussi sont pris pour cibles par ceux qui souhaitent faire taire les voix plurielles et maintenir les médias centrafricains dans la précarité morale et économique qui les caractérise aujourd'hui.

Nous appelons donc le Gouvernement de transition, les autorités civiles, militaires, religieuses, traditionnelles ainsi que les représentants de la communauté internationale à procéder à un examen urgent de la situation des journalistes en Centrafrique et à tout mettre en œuvre pour respecter et faire respecter le droit à l’information, garantir la libre circulation des nouvelles et protéger les professionnels des médias dans l’exercice de leur travail.

Signataires

Les organisations centrafricaines professionnelles des médias :

Union des Journalistes centrafricains (UJCA), Association des Radios Communautaires de Centrafrique (ARC), Observatoire des Médias centrafricains (OMCA), Réseau des Médias africains contre le sida, la tuberculose et le paludisme (REMASTP/CA), Réseau des journalistes pour les droits de l’homme (RJDH), Maison de la Presse et des journalistes (MPJ), Association des Femmes Professionnelles de la Communication (AFPC)

Les opérateurs internationaux de soutien aux médias :

Institut Panos Europe (IPE), Free Press Unlimited (FPU), Radio France Internationale (RFI), CFI – Agence française de coopération médias, International Media Support (IMS), Internews, Search for Common Ground, Fondation Hirondelle (FH)

Les associations de défense du droit à l'information et des journalistes :

Reporters Sans Frontières (RSF) et Fédération Internationale des Journalistes (FIJ)